Journal - Page 12
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Sur la façade aux écailles de schiste
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Pages de mon Journal : du 11 au 15 mars 2025
En cela qui semble haleine montée de la terre chaude, mais heurte la logique des éléments, l'apparence seule entretient un imaginaire, qui élabore plus qu'il n'élimine. Une diffuse impression, née d'un décalage au sein de ce qui s'offre à la vue, levain d'une autre vie, à saisir au vol. C'est en se projetant dans ce qui voudrait être que l'on revient à l'ici, afin d'intérioriser le réel, de le rendre plus accessible. En bordure du corps, la terre alors paraît respirer... et nous de concert. La jonction s'est faite.
Les pensées comme l'écriture cachent une absence, j'aime en recomposer la toile quand elle se détache du corps d'un passé présent. Ecrire en somme témoigne de sa propre disparition, à mesure que progresse la phrase, luttant pied à pied pour réussir à consigner des instants de vie : sous des signes à sauver du silence autant que de l'oubli. Une façon de s'arracher au temps.
Dans le monde tel que nous le vivons, bon gré, mal gré, le désir de construire est-il plus fort que celui de détruire ?, ou plutôt parler de passion destructrice ! Oui, c'est bien elle qui prévaut. Dans le même temps, et pour se donner bonne conscience, l'homme se dit que les armes qu'il fabrique dans les temps présents ne sont plus faites pour servir mais pour mieux dissuader (dans le meilleur des cas). Certains y verront l'une des figures du poker menteur, où il s'agit d'abord d'impressionner l'adversaire ; ou bien de la roulette russe, de circonstance. N'y aurait-il moyen, in fine, de dissuader ces apprentis du chaos d'user dudit outil de dissuasion ? Peu probable, tant ce jeu mortifère est devenu un mode de communication inversé et reflète les rapports de domination constants depuis les tout premiers débuts de l'humanité.
Repensé à Claude Simon, interviewé par Marianne Alphant, lui qui voyait les racines de la guerre proches de revendications plutôt paysannes d'esprit, la conquête à tout prix d'un carré de terrain supplémentaire, désir insatiable qui ne demanderait qu'à se concrétiser. Quelle en est la logique, tout juste avouable ? Effacer l'autre, donner libre cours à sa volonté de puissance.
... Souvenir aussi, c'était par une belle journée d'automne 97, de son fameux Jardin des Plantes qu'il m'avait dédicacé, de quelques mots échangés sans plus, dans une librairie du boulevard Montparnasse. L'œil vif toujours, la peau du dessus de la tête bronzé et tavelé par endroits - des taches de rousseur, ou de vieillesse ? Son amour de la littérature, celui-là même qu'il avait manifesté dans son entretien avec l'auteure en germe de "César et toi".
C'était une époque où le Prix Nobel de littérature avait un poids certain, Simon citait entre autres Valéry - plus très en vogue par les temps qui courent -, parlait comme son prédécesseur d'"effort au style". Dans "Agathe", merveilleux condensé de poésie, quelques mots retenus entre tous : "Je berce ma vérité, je rêve ce que je suis". Tout est là, dans son absolu dévoilé.Avec la lenteur d'un glacier qui se délite et glisse sur lui-même, avec ces larves dormantes dans les eucalyptus géants de mon enfance, avec ces scarabées que plantait malicieusement la pie-grièche sur les épines du grenadier érigé dans la vaste cour, avec la longue patience des feuillages emportés dans le sans-mémoire de l'époque, la grammaire bafouée de la nature, avec, de l'orée à l'oreille la muette loi des mots, avec ce que le visage nu éclaire de la première de nos angoisses, où les figures se font cendres, et blancheurs, les émouvantes soieries de la petite mort, ces quelques pas de danse esquissés au balcon sans garde-corps, avec...
Daniel Martinez
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"Feux follets", un poème de Daniel Martinez
Derrière le mica noir tes yeux
cherchent les miens et le registre chiffré
du sommeil s'éloigne un peu plus
Chemins pointillés des pas
sous le bruissement des roseaux
se profile l'ombre moite d'un château
où faire halte à même le conte des amants pérégrins
qui me renvoie à ma fragilité foncière
l'aurore au creuset de l'étreinte
loge entre les fentes du paravent
Un geai effleure la chambre interdite
aimante le paysage deviné
vers les yeux la gorge le front
distribue ses trilles sur nos corps
d'une orée à l'autre
muscles et nerfs phosphorent inconscients
deux boutons de lys enclavent l'espace inversé
qui s'ouvre en soupirant entre les lignes
arrachées au silence un appel muet
aux signes avant-coureurs
ainsi ressuscités coiffés de feux follets
des orpailleurs aux ongles d'obsidienne
La nuit est devenue un mythe
et le palais des glaces un vitrail
peuplé d'illusions
et puis
tout autour de l'étang
autour de la surface éblouissante de l'étang gelé
car nous sommes toujours en février
les flambées de givre sous les futaies
que le soleil n'avait pas encore réchauffées
la fièvre était la même
impossible de lui donner langue pour dupliquer
le texte inécrit la foudre onirique
à quelques enjambées de l'être
l'équilibre à l'horizon revenu
se veut gardien du sanctuaire
Ce 28 février