Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Journal - Page 8

  • "Les horizons perdus", poème de Daniel Martinez

    Tout ce que l'on n'a jamais dit
              sur la beauté
    la brutale clarté de la rue
    les visions singulières
    et les cheveux de sel
    dont se chargent les voiles
    de monde en monde
    quand la boussole du cœur
    nuancée de sang bat au rythme
    de cela même dont les dieux sont redevables
    là où s'enneigent les entrailles
    où s'engouffrent les vents

    tu vas libéré mais sans issue
    ouvrir les portes du destin
    descendre les vallées du sommeil 
    parées d'araucarias

     

    Tout ce qui dans le Grand miroir
    voile la beauté
    et vole le regard
    nous rappelle que nous ne sommes 
    que ces grains d'éternité
    pillés par les freux
    vus s'envoler d'une fenêtre
    où musarde l'innocence belle
    en livrée bleue
    au long d'yeux verts
    tremblantes frondaisons


    Daniel Martinez
    (25/9/2024)

  • "Une langue heureuse", un poème de Daniel Martinez

    Et voilà que tout ce temps passé
    rappelle à lui des géographies intactes
    ouvre des flambeaux de nuit sur les murs
    frémissant sourdement sous la pression
    de multiples doigts mouchetés
    par les feuilles
    couleur d'étincelles     
    les épines des buissons

    devenues bleues comme l'acier
           à longue voix couraient depuis le fond du val
    jusqu'aux abords du grand pic
    la douceur et la folie mêlées

     

    Ainsi le réel se dédouble
    disperse ses brindilles à tous vents
    calligraphie les lèvres et les parois du vide
    au fil du moindre souffle
    une part de nature du chaos
    ce qui est à transmettre à détruire à remettre
    à la prochaine pluie à l'argile de la montagne
    tout se répercute une touche passe
    suivie d'une autre là tout se multiplie
    en un courant somptueux

    qui respire vers l'intérieur et l'extérieur


    Avec les bancs de vase aux pieds des aulnes
    lueurs sourdes éclats scintillants
    avec ces atomes dont le poème joue
    et l'humeur fuyante du jour
    où l'on verrait naître plus encore
    l'objet même d'une langue heureuse
    le rouge du sang sur un visage clair
    creusant le filon trouvé
    comme mis en musique
    plein de force pure
    contractant l'eau dorée
    et les racines de l'éclair



           Ainsi dansent se complaisent
           les abeilles des pensées
           bouleversées

    Daniel Martinez

  • "Mauve épaisseur", un récit (illustré) de/par Daniel Martinez

     

    D 92 DESSIN.png

           

          Une douceur est là, présente dans l’air, une clarté rousse, chaude, qu’imprègne la mémoire des hauts feuillages, piquée de gouttelettes vertes. Tout lentement s’approche, se diffracte dans l’infini. 

            Une rumeur dorée, grave, profonde, l’odeur poivrée du chemin qui monte à travers toutes sortes de distances, de nouveau quelque chose en nous est atteint, chaque jour renouvelle la réponse, le spectacle et l’écho. 

            Menues particules qui donnent l’impression de palpiter, on devine où se volatilise cette fortune, plus légère que l’air. L’inconcevable vérité de l’être, aux cent foyers perdus depuis l’écran touffu. La part du dieu, dans le jeu des roseaux qu’agite un bruissement soyeux, comme un coup d’aile. 

            Les nuages ont tracé derrière eux, suivant une chronologie simple, les rythmes de ce monde, ranimé le temps d’une enfance qu’aucune œuvre ne cache. 

            Cette impression, les yeux fermés, de voir se perdre dans le paysage les lueurs d’un autre âge ; tout aussi bien, d’être là, derrière les cloisons d’une maison de verre absorbé, devant l’écume des nuées, ses laisses vives et brusques dissolutions. 

    *** 

    Dans le déchirement de l’air, apprendre que sans cesse nos désirs frayent avec le vain, saisis au biais de l’œil, dans la course des jours, nul n’en achèvera la chronique. 

    La misère et la beauté : au pied du mur qu’il faut franchir, en sorte que la frontière entre l’objectif et le subjectif, à les voir ainsi libres et retenus, ouvrirait sur l'abstrait du monde, à ce qui l'irradie sans être pourtant de lui.

    L’absence de feuilles à cet endroit du parcours souligne tel détail singulier, l’exaltation soudaine d’un essaim de passereaux, qui regroupés forment un épi parfait. Ou ce jet de colombes qui joint le pont de lattes, à l’instant qu’a choisi un filet de brouillard pour se dissoudre, diaphane, pour composer une image à travers l'invisible.

    Rouge avec en bordure plus sombre qu’il frôle, presse, épouse, la figure s’éloigne et la voix passe : quand l’écarlate du vitrail perce le gui du peuplier, l’oreille, parée des syllabes longues de l’espace subtilement susurre les vapeurs crépusculaires. L'éveil d'une émotion en même temps que son saisissement.

    La tête en arrière, le cœur criblé de poussières de légende, champ de phosphènes, qui dans le lit de la rivière s’inscrit, dans un éternel suspens. Touchée soit-elle, à l'improviste, par une vague d’ombre, la réalité se dédouble, en se regardant de là, interdite

    Convertissant ce qui vient simplement de se perdre - bulle de lumière - nous coupant de notre présent, de sa présence charnelle, les sens emportés alors dans l’immensité circulaire. 

     

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .