Journal - Page 8
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Tout ce que l'on n'a jamais dit
Tout ce qui dans le Grand miroir
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"Une langue heureuse", un poème de Daniel Martinez
Et voilà que tout ce temps passé
rappelle à lui des géographies intactes
ouvre des flambeaux de nuit sur les murs
frémissant sourdement sous la pression
de multiples doigts mouchetés
par les feuilles couleur d'étincelles
les épines des buissons
devenues bleues comme l'acier
à longue voix couraient depuis le fond du val
jusqu'aux abords du grand pic
la douceur et la folie mêléesAinsi le réel se dédouble
disperse ses brindilles à tous vents
calligraphie les lèvres et les parois du vide
au fil du moindre souffle
une part de nature du chaos
ce qui est à transmettre à détruire à remettre
à la prochaine pluie à l'argile de la montagne
tout se répercute une touche passe
suivie d'une autre là tout se multiplie
en un courant somptueux
qui respire vers l'intérieur et l'extérieur
Avec les bancs de vase aux pieds des aulnes
lueurs sourdes éclats scintillants
avec ces atomes dont le poème joue
et l'humeur fuyante du jour
où l'on verrait naître plus encore
l'objet même d'une langue heureuse
le rouge du sang sur un visage clair
creusant le filon trouvé
comme mis en musique
plein de force pure
contractant l'eau dorée
et les racines de l'éclair
Ainsi dansent se complaisent
les abeilles des pensées
bouleverséesDaniel Martinez
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"Mauve épaisseur", un récit (illustré) de/par Daniel Martinez
Une douceur est là, présente dans l’air, une clarté rousse, chaude, qu’imprègne la mémoire des hauts feuillages, piquée de gouttelettes vertes. Tout lentement s’approche, se diffracte dans l’infini.
Une rumeur dorée, grave, profonde, l’odeur poivrée du chemin qui monte à travers toutes sortes de distances, de nouveau quelque chose en nous est atteint, chaque jour renouvelle la réponse, le spectacle et l’écho.
Menues particules qui donnent l’impression de palpiter, on devine où se volatilise cette fortune, plus légère que l’air. L’inconcevable vérité de l’être, aux cent foyers perdus depuis l’écran touffu. La part du dieu, dans le jeu des roseaux qu’agite un bruissement soyeux, comme un coup d’aile.
Les nuages ont tracé derrière eux, suivant une chronologie simple, les rythmes de ce monde, ranimé le temps d’une enfance qu’aucune œuvre ne cache.
Cette impression, les yeux fermés, de voir se perdre dans le paysage les lueurs d’un autre âge ; tout aussi bien, d’être là, derrière les cloisons d’une maison de verre absorbé, devant l’écume des nuées, ses laisses vives et brusques dissolutions.***
Dans le déchirement de l’air, apprendre que sans cesse nos désirs frayent avec le vain, saisis au biais de l’œil, dans la course des jours, nul n’en achèvera la chronique.
La misère et la beauté : au pied du mur qu’il faut franchir, en sorte que la frontière entre l’objectif et le subjectif, à les voir ainsi libres et retenus, ouvrirait sur l'abstrait du monde, à ce qui l'irradie sans être pourtant de lui.
L’absence de feuilles à cet endroit du parcours souligne tel détail singulier, l’exaltation soudaine d’un essaim de passereaux, qui regroupés forment un épi parfait. Ou ce jet de colombes qui joint le pont de lattes, à l’instant qu’a choisi un filet de brouillard pour se dissoudre, diaphane, pour composer une image à travers l'invisible.
Rouge avec en bordure plus sombre qu’il frôle, presse, épouse, la figure s’éloigne et la voix passe : quand l’écarlate du vitrail perce le gui du peuplier, l’oreille, parée des syllabes longues de l’espace subtilement susurre les vapeurs crépusculaires. L'éveil d'une émotion en même temps que son saisissement..
La tête en arrière, le cœur criblé de poussières de légende, champ de phosphènes, qui dans le lit de la rivière s’inscrit, dans un éternel suspens. Touchée soit-elle, à l'improviste, par une vague d’ombre, la réalité se dédouble, en se regardant de là, interdite.
Convertissant ce qui vient simplement de se perdre - bulle de lumière - nous coupant de notre présent, de sa présence charnelle, les sens emportés alors dans l’immensité circulaire.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .