Diérèse et Les Deux-Siciles
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Mon voyage est un voyage hors des mots. Les choses sont sans nom, tant et si bien que j'ai renoncé à en connaître la nature, au sens premier du terme, qui exclut la volonté humaine. Les choses existent au niveau de leur appellation, indifférenciées comme les animaux d'une espèce, les places, les fontaines que sais-je ?, les allées (en périphérie du quarante-troisième Marché de la poésie, aperçu celle de Pierre Dhainaut, jamais invité par les organisateurs pour autant – souci de se dédommager ?). D'itinéraires et itinérances, c'est bien pour ma petite personne d'un voyage initiatique qu'il s'agit, jonché de fabuleux hasards, dont certains auraient pu me faire perdre la vie, mais... n'est-ce pas la règle du je(u) ?
La prévision, si elle est faite pour écarter la pensée de la mort, laisse celle-ci revenir dans mon inquiétude qui est comme un trouble de la prévision. C'est à la mort que je pense et ne pense pas. Un des amants de Lola Montès (un film d'Ophuls), soit le comte de Landsfeld, lui dit à peu près : "Il faut laisser faire la destinée." Elle lui répond : "Mais il ne faut pas provoquer de destinée impossible." (Elle s'éloigne d'un homme dont elle est amoureuse, comble des paradoxes !) C'est dans cette zone que se situe le trouble évoqué.
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"Le temps s'invente", deux prosèmes de Daniel Martinez
Ciel qui ne serait que glissement de soie sur une lèvre enfantine, vive chaleur où l'ombre rare vole l'envie de boire au merle qui patiente sous les branches basses du noyer. Livre ouvert, aux pages éblouissantes : les mots à s'y loger, rythmés d'élans, d'avancées, d'abrupts silences ont su conduire l'esprit à bon port, butiner l'invisible aussi bien... puis creuser l'écho lointain, celui que laisse perler la Gondoire ici traversée à gué.
Heures lentes à s'étendre, passées à voir trembler la bande rouge des coquelicots tandis qu'une nappe solaire couvre le vignoble voisin. Des silhouettes se dessinent ici ou là, semblent traverser par une brèche un muret en ruine, couleur de thé clair. Pas loin de la départementale qui sommeille dans les délices de Capoue, panachée de flammèches grisâtres, en retrait de toutes les perfections existantes. Un ramier de passage a cloué l'heure présente dans la mémoire : ainsi du regard, stoppé dans son vagabondage.
Daniel Martinez
le 10 mai 2026 -
"A travers les feuillages", un poème de Daniel Martinez
Toute blanche dans l'herbe mouillée
et l'odeur de ses mains qui traverse
le drap de mousse dans les plis duquel
on se regarderait dormir
Ou plutôt le tête à tête
de la parole avec les fibres
et les humeurs d'un faux jour
parole qui s'empresserait de paraître
sans aucune certitude
juste pour voir et s'entendre dire
portée par ce qu'il y a de plus fragile
anxieuse de connaître son destin
la nécessité heureuse ou malheureuse
sous le goutte-à-goutte d'un instant
mille fois mutiplié
pareille à quelque battement de coeur
sous la rumeur ambiante
et qui nous préserverait
de l'ancrage et de la possession
là tu la creuses avec chaque mot
serait-il visible dans son tourbillon
sans se décorporer de son double
de sa petite joie maigre
tu passes alors les mains
à travers les feuillages
pour les entendre respirer
le lierre sur le muret tire à lui ses archers
et le liseron croît sur les tôles luisantes
Rien ne t'appartient vraiment
tête renversée quand l'esprit s'agite
à noyer les yeux
d'ombres transparentes
à découvrir et recouvrir
une portion de vie
entre tant d'images dispersées
Daniel Martinez
3/5/2026