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Journal

  • "Le temps s'invente", deux prosèmes de Daniel Martinez

    Ciel qui ne serait que glissement de soie sur une lèvre enfantine, vive chaleur où l'ombre rare vole l'envie de boire au merle qui patiente sous les branches basses du noyer. Livre ouvert, aux pages éblouissantes : les mots à s'y loger, rythmés d'élans, d'avancées, d'abrupts silences ont su conduire l'esprit à bon port, butiner l'invisible aussi bien... puis creuser l'écho lointain, celui que laisse perler la Gondoire ici traversée à gué.


    Heures lentes à s'étendre, passées à voir trembler la bande rouge des coquelicots tandis qu'une nappe solaire couvre le vignoble voisin. Des silhouettes se dessinent ici ou là, semblent traverser par une brèche un muret en ruine, couleur de thé clair. Pas loin de la départementale qui sommeille dans les délices de Capoue, panachée de flammèches grisâtres, en retrait de toutes les perfections existantes. Un ramier de passage a cloué l'heure présente dans la mémoire : ainsi du regard, stoppé dans son vagabondage.


    Daniel Martinez
    le 10 mai 2026

  • "A travers les feuillages", un poème de Daniel Martinez

    Toute blanche dans l'herbe mouillée
    et l'odeur de ses mains qui traverse
    le drap de mousse dans les plis duquel
    on se regarderait dormir


    Ou plutôt le tête à tête
    de la parole avec les fibres
    et les humeurs d'un faux jour
    parole qui s'empresserait de paraître
    sans aucune certitude
    juste pour voir et s'entendre dire


    portée par ce qu'il y a de plus fragile
    anxieuse de connaître son destin
    la nécessité heureuse ou malheureuse
    sous le goutte-à-goutte d'un instant
    mille fois mutiplié


    pareille à quelque battement de coeur
    sous la rumeur ambiante
    et qui nous préserverait
    de l'ancrage et de la possession
    là tu la creuses avec chaque mot
    serait-il visible dans son tourbillon


    sans se décorporer de son double
    de sa petite joie maigre
    tu passes alors les mains
    à travers les feuillages
    pour les entendre respirer
    le lierre sur le muret tire à lui ses archers
    et le liseron croît sur les tôles luisantes


    Rien ne t'appartient vraiment
    tête renversée quand l'esprit s'agite
    à noyer les yeux
    d'ombres transparentes
    à découvrir et recouvrir
    une portion de vie
    entre tant d'images dispersées


    Daniel Martinez
    3/5/2026

  • "D'après", poème de Daniel Martinez

    Le vouloir libre de la langue
    couve la mémoire
              empreint l'herbe
    sous l'hiver
    à se retrouver perdu
    qu'en est-il au juste
    du chemin éclairé
    soudain rayonnant
    depuis la plus faible source
    conduite jusqu'à
    cet autre-là si près de croire
    entendre le cœur battre

     
    Printemps s'annonce
    avec le fleurissement des forsythias
    les feuilles alentour
    comme les nerfs de la pensée
    se sont faits bruits
    c'est le tremblé de l'horizon
    qui se dépose à tes pieds
    dans l'affleurement d'un monde
    tissé de doutes
    et qui ne sait plus retrouver
    entre les branches sauvages
    les abris du repos

    autant qu'alors gorge se noue
    car c'est toujours 
    suivant la déchirure
    que se construit l'avenir
    réplique de nous-mêmes
    et de corps et d'images
    et de visages sans cesse
    éblouis de questions
    restées sans réponse


                                             Daniel Martinez
                                                 12/4/2026