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Journal - Page 14

  • "Silhouettes", un poème de Daniel Martinez

    Tout s'est évanoui, la lumière à la fin
    de la neige a cerné les fleurs de ta bouche
    dont les froids vifs avaient éprouvé les lèvres
    descendant le long de la nuque
    l'ombre s'est faite au beau milieu du temps
    dans une ville de voyage où tu avais passé
    il y a de cela des années


    Il en reste comme le fil comme l'ailleurs
    d'un dessein impossible
    avec ses regards en dehors
    ses regards en dedans
    qui ne savaient attendre que se constitue
    la très pauvre cendre des souvenirs
    inquiètes de mourir de mort lente
    sans avoir dénoué la profondeur 
    sans avoir rêvé à la lueur d'une flamme
    de bougie posée à terre
    là au centre d'un rien sans limites
    la vie semble s'être retirée


    Regarde sur ta paume se dessiner
    les pleins et les déliés dans l'espace
    des paroles échangées
              un liséré d'eau sertir
    chaque fois plus indéchiffrables
    les silhouettes des arbres
    qui pénètrent dans la maison
    pour s'enliser à mesure
    dans un azur terrestre
    où se projettent et se confondent
    toutes les œuvres humaines
    et le vouloir qui les tient réunies
    dans un secret espoir de réconciliation
    entre les deux pôles qui les embrassent
    comme ramenées à elles 
    nues à la mortelle blancheur


    Daniel Martinez

  • "Rideau ouvert", un poème de Daniel Martinez

    L'astre a blêmit, clair de lune engourdi dans le blanc et noir des anciennes photographies. Un peu comme ces vœux en attente à remodeler à l'infini, traces de craie sur le tableau noir. Là, tu te revois, crédule à la façon de qui s'accrocherait aux branches basses de l'acacia à deux pas de la fenêtre restée ouverte. Faites vos jeux, rien ne va plus : les années belles, tu en agites seulement les effiloches, ainsi va.

    Voici, pour marquer la nouvelle année 20 et vingt additionné de cinq unités ce poème écrit sans façon, où le Temps serait l'enfant royal dont nous entretient Héraclite :


    à Jean-Yves Cadoret

    Densité du mouvement que percent
    les gouttes de pluie où la spirale
    du feu rouge descend dansante
    entre les chardons là décapités
    il flotte dans l'air une épaisse
    vapeur d'eau bientôt l'heure zéro
    qui marquera le passage à l'an neuf
    bientôt ce premier quart de siècle échu
    montrera quel fut son vrai visage
    au rythme des pas qui s'éloignent
    tu regardes les battants de fenêtres
    restées ouvertes malgré le froid


    Ici c'est la campagne les bouleaux
    de la forêt voisine comme taillés
    dans la pierre méditent à l'envi
    le Grand-Morin s'affaire reflété
    dans ton souffle fondant
    comme de la neige froide dans la bouche
    il était bien temps que le hasard
    trace son sillon pour signifier ce qui
    de guerre lasse nous sera rendu
    à la toute fin des temps

                                         1er janvier 25

                                                         Daniel Martinez

  • "Résurgences", un poème de Daniel Martinez

    Infiltré par les pluies obscures
    le jour naissait pour donner du fruit
    sous des cités de feuilles mortes
    à l'horizon en ses faibles reliefs

    les mains cueillaient la forme déchirante
    de cet enclenchement mécanique des mots
    qui tapissent nos mémoires 
    et accompagnent un balancement
    de gouttes de branches en branches


    Le temps jamais ne se fait attendre
    en quelque région de neige haute
    elle n'est tombée qu'avec lui qu'avec elle
    Dans leur cage sifflent les canaris
    pour traverser le froid pour relever
    les fougères dont la tête dodeline
    nous buvions là dans la grande allure
    du grand air dans le crin végétal
    la Fortune aux changeantes lumières


    Nous goûtions pour l'éprouver dans sa venue
    le centre même de ce qui est concave
    ce autour de quoi brodent les pensées
    nous étions de sable
    les rébus de quel désastre
    sous l'œil intense de l'oiseau
    la beauté ne disait qu'un mot
    tu t'avises alors de ce que 
    porte en lui le poème
    ses couleurs dans le vent sans couture


    Proches si proches vois en eux se profiler
    les pointes de tes seins menus
    comme nuées douces au toucher
    comment leur résister


    Daniel Martinez
    8/12/24