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Journal - Page 14

  • "La flûte de l'ange", Daniel Martinez

    AMBIGUITE.jpg

    Dessin de Pascal Ulrich, feutres sur papier Canson

     

    Sur l'écran d'en face deux fleurs de lotus immobiles
    semblent attendre que se déplient tes mains
    tu les regardes s'animer
    au moindre son jailli de l'ombre 
    lové dans le ventre de l'heure
    depuis la vaste
    salle déserte
    conscient d'avoir quitté
    le demi-jour à l'instant
    où s'éloignent les feux de la ville
    derrière le drapé des rideaux
    toute une arithmétique de particules
    livrées à elles-mêmes


    Et là te voici les yeux rivés
    au cadran du jour passé
    à revisiter tel épisode de ta vie

    est-ce mémoire est-ce déjà
    le futur inscrit dans une destinée
    bruissant de tout ce qui viendrait à lui échapper

    à même les feuilles ouvertes de nénuphar
    mille et cent muets conciliabules
    délivrés par la page blanche


    figures d'un seul grand corps
    celui qui te porte emperlé de blanc
    effleuré par l'haleine végétale


    Daniel Martinez

     

  • "Confidences", Daniel Martinez

                                 

    ULRICH FIG.jpg
    Pascal Ulrich dessin aux feutres, 2001

     

                                  Life's' but a walking shadow
                                  La vie est juste une ombre en marche
                                                             William Shakespeare

    Dormeur aux deux regards
    sous la cascade qui salue
    du bout des doigts les tremblements
    de l'espace entre les feuilles


    Au seuil du seuil
    cette promesse de reconstitution
    que le poème ne sait pas contenir
    prodigue ses douceurs
    dépose des confidences
    à même la vie unanime


    Femme aux lèvres belles
    m'emportant dans son souffle
    jamais la beauté n'est suspecte
    face à la tendresse de la Nature
    je te vois en miroir
    et les eaux gagnent en transparence


    Une main ratisse la sourde lumière
    et ce qui chancelle renaît
    régénère le profond mystère
    dans l'air moire poudroie 
    se frange sur ses pourtours
    en toi s'éveille à ce qui suit
    les collines souveraines
    de ton corps


    Daniel Martinez

  • "Le nom des sources", Daniel Martinez

    Ecoute ce qui de son chant simple te questionne se défaire
    cette part que les hommes ôtent
    aux communes splendeurs
    tout au fond de toi la souffrance palpiter
    comme le trésor des mots
    livrés à l'encan
    vois ces faussaires

    lever leurs bras d'ombre
    l'impôt d'une morale
    servile
    traversant des sillons parallèles

    ces bardes de la longue nuit 
    hanter les semailles ne chercher plus rien
    qu'un lièvre à débusquer
    pour mieux lui cribler le flanc écoute


    Au juste que te dit la vie
    le monde est un bien triste théâtre
    et qu'est-ce donc que l'homme
    voyageur sans repos quand halètent les vents
    sur les feux de la veille mal éteints
    pour ranimer  un tant soit peu
    cette verve qui nous compose
    et ne voudrait se laisser flétrir


    comme par le toit crevassé
    les amants n'en finissent pas 
    d'approcher de leur corps
    l'infini qui se dilate aux lèvres de l'étang
    quand gémissent de plaisir
    nos songes les plus fous
    là même où l'arbre humain se remémore
    le nom des sources des fleuves et des années


    Daniel Martinez