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C'est Georges Duhamel qui écrivait dans le Journal de Salavin (Mercure de France, 1993) : "Si les hommes pouvaient s'améliorer, ce serait une grande tristesse de songer qu'ils ne le font pas. Mais, de songer qu'ils n'y peuvent rien, cela, du moins, enseigne une indulgence infinie." Cette clairvoyance m'a toujours étonné, pour ne pas dire "séduit", par ce constat d'impuissance qu'elle révèle face à l'histoire de l'humanité que d'aucuns considèrent tout bien pesé comme affligeante dans ses aboutissements. Rejet du fanatisme donc et intégrité foncière dans ce qu'il considérait comme un devoir de l'écrivain face à un monde en déroute.
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Charles Juliet : "Journal III (1968-1981)", Hachette P.O.L., 30 mars 1982, 360 pages, 70 F.
C'est l'édition d'origine du troisième tome du Journal de Charles Juliet (qui a participé au numéro 52/53 de Diérèse), que j'ai entre les mains, sans autre titre d'accompagnement. Depuis que l'ouvrage a été réédité par P.O.L., en 1999, la première de couverture porte désormais le titre : "Lueur après labour", le livre se négociant au prix de 21,45 €. Charles Juliet, pour qui "C'est par le singulier qu'on accède à l'universel", en est à ce jour au dixième tome de son Journal.
Un travail de mémoire remarquable que le sien, sans béquille de courants littéraires à épouser pour se conformer à la norme admise, ou souci de faire œuvre, lié à un esthétisme qui mettrait en avant "la réception de ce qui s'écrit", bien présente aujourd'hui dans le champ éditorial, via les sensitivity readers par exemple.
Par parenthèse, un auteur m'a envoyé hier son dernier livre, avec un petit mot d'accompagnement dont je vous livre une partie du contenu, qui ne m'a pas laissé indifférent : "Un travail soutenu a été mené entre l'éditeur et moi-même. La version finale retenue par l'éditeur, après corrections, ne ressemble pas à la mouture initiale..." Bref, l'écrivain n'est plus maître chez lui, signe des temps actuels ?
J'ai choisi quelques extraits du Journal de Charles Juliet (tome III) datant de la fin de l'année 1974, il y parle du peintre Bram Van Velde, avec l'attention qu'on lui connaît, un constant souci du détail. Précisons qu'a paru en format Poche, en 2020, Rencontres avec Bram Van Velde, éd. P.O.L.
Pour l'heure, voici : -
"L'âge de la parole", Jean-Loup Fontaine, éditions de la Différence, 109 pages, 18 octobre 1993, 98 F
Grand absent des anthologies de poésie, Jean-Loup Fontaine est né le 15 mars 1947 à Loos-en-Gohelle, et décédé le 12 mai 1993 à Lille, à quarante-six ans (je vous laisse deviner l'origine de cette disparition prématurée). Il a toujours écrit, car « la poésie répond au besoin d'exaltation, au besoin du sublime, qui est celui de tout être chez qui les préoccupations du prix de revient n'ont pas encore tué tout sentiment d'humanité. » (lettre à Guy Rouquet, 1992, in L'âge de la parole).
Le premier tome (1988-1993) suivi du second (1993-2001) des Œuvres complètes de Jean-Loup Fontaine ont été tous deux édités en mai 2023, 30 ans après sa disparition. C'est là une belle réédition, initiée par "Les Cahiers de l'Egaré". Dans le premier tome, on pourra lire les six premiers recueils de poésie publiés du vivant de Jean-Loup Fontaine, maintenant tous épuisés : Passages secrets (1988), L'éducation sentimentale (1988), Le grenier à sommeils (1989), Un chemin entre le pain et l'eau (1989), Eclatements vus de l'intérieur (1991) et Chemin de ronde (1993). Le second tome de ses Œuvres complètes comprend la publication d'écrits que le poète n'a dans leur majeure partie pas vu édités, pas plus qu'il n'a connu pour eux « cette petite jouissance d'avoir ses mots sur des pages que d'autres mains tournent. » (lettre à Jean Dauby - 1991).
Le 12 mai 1992, il écrivait, dans une lettre qui servit de postface à l’ouvrage : "L’aventure humaine, le poète ne doit-il pas tenir à honneur de ne pas laisser canaliser son flot ? Et plus que jamais, peut-être, aujourd’hui que les nécessités intérieures les plus fondamentales sont mises sous le boisseau - au profit de préoccupations qui, en dernière analyse, ressortissent toutes de l’avoir et du devoir.
Ne voit-on pas qu’il s’agit partout de rabaisser tout ce qui peut continuer à se charger d’un pouvoir d’exaltation par quoi la vie s’obstine à ne pas vouloir être réduite à ce qu’elle est ?"Voici pour les lecteurs du blog un extrait de : L'âge de la parole, qui a obtenu le prix de poésie Max-Paul Fouchet en 1993. Son auteur, Jean-Loup Fontaine, est mort quelques jours avant l’attribution du prix.