Auteurs - Page 12
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William Carlos Williams a reçu en le Prix Pulitzer de poésie à titre posthume, pour le recueil Tableaux d'après Breughel et autres poèmes publié l'année précédente. Une poésie non lyrique, aimantée par le sujet, volontairement descriptive et portée par l'intention de faire sens. La découpe des vers, caractéristique, capte l'attention et fluidifie un rendu sans le musicaliser pour autant, à mi-chemin de la prose poétique. Dans la préface de son "grand œuvre", Paterson (du nom d'une ville ouvrière du New Jersey), il écrit :
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"Mesure de la Terre", de Pierre Torreilles, éditions GLM, novembre 1966, 52 pages, 480 exemplaires
Dans son mémoire de master soutenu en juin 2009, Sandy Rémy évoque ainsi Guy Lévis Mano, talentueux éditeur qui a publié, entre autres, Mesure de la Terre, de Pierre Torreilles :
"De ses débuts dans des revues en 1923 jusqu’à l’arrêt de ses éditions en 1975, Guy Lévis Mano a tenu bon contre son temps afin de « [donner] un empire à la poésie ». Il y est parvenu parce qu’il concentrait en lui les « atouts perpétuels » et nécessaires à l’édification de cet empire : GLM était en effet poète, imprimeur-typographe et éditeur. La plupart du temps seul au travail dans son petit atelier de la rue Huyghens à Paris, quoique sans cesse visité par ses amis, auteurs et admirateurs, Guy Lévis Mano a consacré sa vie à offrir au texte poétique l’habitacle et l’habillage les plus nobles. Les cinq cent cinquante-trois éditions recensées par Antoine Coron dans son excellente bibliographie Les éditions GLM : Guy Lévis Mano, 1923-1974 (catalogue édité par la Bibliothèque nationale en 1981) sont ainsi le fruit d’un labeur passionné. Et pour qui connaît un peu les grands noms de la poésie et de la peinture qui ont porté le XXe siècle, comment ne pas reconnaître au premier coup d’œil le prestige du catalogue GLM ? Paul Éluard, Maurice Blanchard, Alberto Giacometti, André Breton, René Char, André Masson, Joan Miró, Andrée Chedid, ne sont que quelques-uns de ces artistes, d'ailleurs arbitrairement cités..."Quant à Pierre Torreilles, c'est en ces termes qu'en parlait le regretté Patrick Kéchichian, chroniqueur infatigable de poésie dans Le Monde des livres et qui a laissé, soulignons-le ici, un grand vide :
"Sa parole poétique, à la fois ascétique et obstinée, est abrupte, escarpée comme un chemin de montagne, animée par un souffle retenu, une volonté de nommer la "parole manquante" de notre présence au monde. "L'épiphanie du visible met au jour l'énigme du voir", affirmait-il.
Sans se confondre avec la quête philosophique - il prenait soin de distinguer les deux ordres d'expression -, son art poétique ne se comprend qu'en fonction du souci et de l'interrogation qui sous-tend cette quête. "C'est à partir de ce qui est perceptible, de ce qui apparaît dans le poème et de ce qui le fait apparaître que la philosophie est interrogée, et non l'inverse", soulignait-il."Voici maintenant quatre pages extraites de Mesure de la Terre :
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"Bois de lune", de Franck André Jamme, 9 gravures de Richard Texier, éditions Fata Morgana, 14 juin 1990, 72 pages, 750 exemplaires
Ce livre est composé de sept suites où alternent prose et vers brefs, rythmés par des gravures originales de Richard Texier. Pour mémoire, les premiers poèmes en prose du poète Franck André Jamme, autrefois réunis chez Granit (1985) et Fata Morgana (1986), ont été repris par les éditions Flammarion in La Récitation de l'oubli (1/10/2004).
Franck André Jamme a adopté le pseudonyme de Marchand Ducel (anagramme de Marcel Duchamp) dans le même temps qu'il s'est fait une spécialité de livres publiés en Inde sur d'étranges et luxueux papiers. Il deviendra un proche d'Henri Michaux avec la réédition de Yantra en juin 1983, recueil composé à Katmandou (Népal), tiré à 36 exemplaires. Voici le colophon du petit dernier, signé :
Franck André Jamme a été aussi un proche de Lokenath Bhattacharya (1927-2001), dont je vous ai déjà parlé... et ne puis résister à vous citer ici un passage de ce petit joyau intitulé Les marches du vide (Fata Morgana, 2/12/1987), traduit du bengali par Lokenath et Franck André Jamme :
"On dirait que l'on entend des pas. Quelqu'un marche, sans cesse, traverse les champs du temps, secoue le ciel, remplit l'air de souffles. Ou bien non, personne ne se déplace, une femme est juste étendue, aux cheveux sombres et denses. Loin et même au-delà, partout, il y a ses mains, ses jambes, ses cuisses, ses yeux tirés, de biche, et le sourire de tout à l'heure qui traîne toujours sur ses lèvres.
Parmi nous, certains sont ses cuisses, certains ses yeux, d'autres ses mains et ses jambes. Ou tous nous sommes tout cela, cuisses et mains, jambes et regard - sourire, vie. Elle, c'est aussi toi, le second moi de chacun de nous. Et c'est aussi la mère, l'aimée. C'est aussi nous : regarde, je suis la mère - et toi, près de moi, tu es l'aimée.
Un, deux, trois êtres. Un être unique."
Sous d'autres noms d'éditeur, Franck André Jamme a continué de publier des textes rares d'Henri Michaux, comme Braakadbar, Fakir Press, en 1993.
Maître d'œuvre de la publication des Œuvres complètes (ou dites telles) de René Char à la Pléiade, Jamme nous a quittés le 1er octobre 2020.