Auteurs - Page 37
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De cet auteur bientôt centenaire, très peu médiatisé, amateur de peinture et devenu éditeur à soixante-dix ans (il n'est jamais trop tard pour bien faire), on sait qu'il a publié quatorze livres, tous d'essence rare et pas pour autant hors de prix. J'en retiens trois, hors "Murmures d'érable" dont vous pourrez lire un extrait choisi, proche du poème en prose, comme beaucoup de ses opus.
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"La Route du Nord" : Jacques Bussy, éditions GLM, décembre 1970, 36 pages, 640 exemplaires
On sait bien peu de choses sur ce poète, né en 1931, mort en 1988, discret de nature, qui fut libraire à Amiens, traducteur du japonais, avec ce livre posthume édité par La Délirante : "L'Ermitage d'illusion" qu'il traduisit (un opus de Matsuo Bashô) et préfaça. On citera aussi, dans cette lignée et cette fois composé en français, son recueil "Allumettes japonaises" (aux éditions Léoréca,1977). Ou encore : "Onze vues à travers les volets" : des proses de Jacques Bussy inspirées par des tableaux de Katsuji Ishikawa, opus paru aux éditions Aoï en 1978.
L'exemplaire que j'ai entre les mains a été dédicacé à Jean-Luc Bérimont qui appartint à la fameuse Ecole de Rochefort, poète donc, mais aussi romancier, animateur et producteur de radio et de télévision. Entre poètes, se comprendrait-on toujours, pas si évident que cela. Mais c'est un autre débat. Jacques Bussy qui en cinquante cinq années d'existence a publié moins de 15 livres, n'ayant pas tous fait l'objet du dépôt légal à la BNF, n'appartint à aucune école et vécut du métier qui était le sien, comme un Marcel Béalu (librairie Le Pont traversé, à Paris) par exemple, sans "coup de pouce" des passeurs culturels. Hommage lui soit rendu ici, pour son esprit d'indépendance, assorti de la liberté qui fut la sienne. -
"Yann Andréa Steiner" de Marguerite Duras, éditions POL, 9 juin 1992, 144 pages, 79 F
L'un de ces livres autobiographiques de Marguerite Duras, dont elle avait le secret, où elle nous parle de celui qui fut son dernier compagnon, Yann Andréa Steiner, son dernier amour, qui donne son titre au livre. Rien de romancé, de sentimental à l'excès, tout est dans le ton, un style faussement simple pour dire le fragile et l'impalpable, le fugitif qu'il convient d'essayer de saisir au mieux pour ne pas le perdre, ou en perdre le moins possible par l'écrit, avec l'étrange sensation d'avoir effeuillé des jours leurs envers. Quand la beauté serait son en-face, son miroir dans le fini, la figure de son manque, sur la scène de la vie. Son subtil inachèvement.
D'une voix qui bien sûr s'adresse ostensiblement au lecteur, mais se permet, aussi, de parler à la personne qu'elle fait vivre, qu'elle vouvoie ou tutoie selon, et à celles qui viennent se greffer à l'histoire dans le même temps, l'enrichir ; une voix totale et qui, pour le rester, refuse de se plier à un quelconque genre.
Lisez plutôt cet extrait choisi :