Auteurs - Page 39
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Né en 1932, Jacques Roubaud est un mathématicien, poète, romancier (la série des "Hortense"), auteur de récits autobiographiques, essayiste. Il commence à écrire en 1961 à la suite d'un rêve. Membre de l'Oulipo depuis 1967, il écrit en s'imposant des contraintes formelles. Traducteur ("Vingt poètes des USA", anthologie, avec Michel Deguy) et passionné d’histoire, il s’est intéressé à Lancelot et à Gertrude Stein, aux troubadours et à Lewis Caroll ("La Pluralité des mondes de Lewis").
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"Diérèse" 21, mars 2003, 220 pages: une prose poétique inédite (jamais rééditée) de Jean Malrieu retrouvée par Pierre Dhainaut
Voici les premières lignes de la présentation que Pierre Dhainaut fit de Jean Malrieu dans Diérèse 21 :
Mieux qu'un paysage, puisque ce terme suggère un décor, à l'extérieur, qu'il suffirait de peindre, un pays qui inspire la parole autant qu'il l'éprouve : c'est à Penne-de-Tarn que Jean Malrieu, de 1961 à 1976, surtout pendant les vacances d'été, devait se préparer au poème et s'y livrer, comme si le poème était appelé, authentifié aussi par tout ce qu'il avait vu et écouté. Bien plus, ce qu'il a vu et écouté devient ce qu'il lui faut dire. L'auteur du Nom secret tient à nommer son "pays préféré", du moins au début de La Vallée des Rois : par la suite, dans Possible imaginaire, il sera question d'"un village", ou dans Le plus pauvre héritier, d'un "village parfait", mais certaines pages sont intitulées Le cimetière de Roussergue, La croix de Belaygue, Sous le noyer de Saint-Paul. Jean Malrieu aimait ces "lieux-dits", et constamment le fleuve, les collines, les prairies, la forêt, ou la venelle, la place, le château, il rappelle qu'il se trouve autour de Penne ou dans Penne. Il ne décrit pas, ou si peu, tout ce qu'il dit pourtant, impressions, sentiments, pensées, se situe précisément dans cet espace "réel" et "intérieur" (il emploie les deux adjectifs), participe de sa présence ou de son mystère.
Ce n'est pas un hasard si, peu de temps après avoir écrit Vesper qui renouvelait l'exigence, Jean Malrieu découvrit à Penne une maison à vendre, lui qui n'eut jamais l'instinct de propriété l'acheta. Les années suivantes il ne songea guère à l'aménager : "Je ne fais que passer". De cette maison au "fronton de laquelle règne le soleil des pauvres", Jean Malrieu évoqua surtout l'ancienneté et l'inconfort : elle s'ouvre au temps ainsi qu'aux rencontres. Elle n'est pas un refuge, elle est l'endroit par excellence de l'accueil et du partage. Lorsqu'il travaillait, c'était dans une cabane de jardinier qu'une treille entourait et dont il fermait rarement la porte. Tout de suite il se rendit compte de l'importance que Penne aurait dans sa vie et tout de suite il essaya d'expliciter ce qui l'attirait.
Est-il exact qu'à Penne (pour citer un poème des années 61-62 "rien (ne) retienne l'étonnement" ? Quand nous arrivons par la route qui longe l'Aveyron ou quand nous nous tenons sur la rive droite, par exemple dans le cimetière de Ségala où Jean Malrieu est enterré, nous sommes immédiatement saisis comme à l'approche de certains sites liés à la Croisade des Albigeois, par cette falaise qui se dresse, immense torche pétrifiée : c'est là-haut que le village s'incruste et que s'élèvent les ruines du château, pierres parmi les pierres. Mais on comprend que Jean Malrieu ait tourné le dos au pittoresque, au paysage justement. Du reste, dans ce premier poème consacré à Penne, ni la falaise ni le château ne sont mentionnés : le regard ne retient que ce qui depuis toujours lui est cher, prés, vergers, collines, forêts. Il doit apprendre à voir sans demeurer au-dehors. Penne qui pourrait faire songer à quelque guetteur debout, tendu, invite au contraire Jean Malrieu à renoncer à tout orgueil, à faire plus que regarder : "dans les rocs" "une âme", et cette âme, Jean Malrieu l'aimera pour la connaître, pour connaître la "noblesse" et la "grandeur" authentiques...Pierre Dhainaut
La peinture de couverture a été inspirée par l'œuvre d'un artiste hors-normes du musée de La Fabuloserie, situé à Charny-Orée-de-Puisaye (dans l’Yonne), pour ses vingt années d'existence.
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"Fieffé soleil" : Christophe Manon, éditions de l'Attente, collection Week-end, 19 décembre 1999, 24 pages
Deux recueils de poésie, les tout premiers de Christophe Manon, ne sont pas cités dans sa bibliographie : Les Treize empereurs d'abord, paru aux éditions Les Deux-Siciles le 27 novembre 1998, imprimé à 222 exemplaires. Ce livre traite des luttes intestines entre souverains incas. Dans les années 1520, les aventuriers du souverain espagnol Charles Quint, les fameux conquistadors, sillonnent la côte pacifique de l'Amérique du Sud. L'explorateur Francisco Pizarro découvre alors l'empire de Tawantinsuyu. Dirigé par le souverain Atahualpa, l’État inca est en proie à des luttes fratricides qu'exploiteront les Espagnols. Cet affrontement transformera à jamais le continent américain. Et Fieffé soleil, ensuite, ouvrage publié par les éditions de l'Attente, le 19 décembre 1999.
Né le 19 mars 1971 à Bordeaux, romancier aussi bien que poète, c'est une voix singulière que la sienne. Christophe Manon a su tracer sa voie sans se perdre au passage dans les modes littéraires, lui qui se plaît à écrire : "Je ne suis pas poète, j’écris de la poésie, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Cela n’a aucun caractère essentialiste, j’y tiens beaucoup." Il a publié dans trois livraisons de Diérèse, les numéros 4 (p. 11 à 15 ), n°6 (p. 13 à 14) et n°8 (p. 142 à 144, sorti en décembre 1999, ses poèmes étant illustrés par Claude Forest).Voici les quatre premiers poèmes de Fieffé soleil, imprimés sur papier chamois : on appréciera particulièrement la minutieuse découpe des vers, à lire à haute voix pour ne rien perdre de leur musique intérieure, comme de leur gravité :