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Journal - Page 24

  • Au bistrot vert de Georges Perros, au domicile de Gérard Bourgadier...

    A l'aube d'une nouvelle guerre, dont on espère qu'elle demeurera "localisée" si je puis dire, ici accessoirisée par une course assez ridicule à l'investiture élyséenne, relecture à l'aube de ce poème  :

            La mer est jeune, quel âge a-t-elle
            Elle est ce mur horizontal
            Où s'appuyer quand rien ne va
            Et rien ne va plus trop souvent
            Cette béquille infatigable
            Qui n'en finit pas de jeter
            Sa parabole au fond des sables
            Dans le cœur mat d'un coquillage
            On l'entend encore chanter.

    extrait des Poèmes bleus de Georges Perros, livre paru aux éditions Gallimard en 1963. Histoire de me laver les esprits au regard d'un monde qui m'apparaît dans ses grandes lignes de plus en plus invivable, hors le Champ poétique qui me garde des flux adverses et que je défendrai mordicus jusqu'au passage de l'autre côté du miroir.
    Ce qui m'intéresse chez Perros ? Ses poèmes échappent très largement à la critique universitaire. Rappelons-nous le pourquoi du titre de son œuvre maîtresse, Papiers Collés, ainsi dénommée car il estimait que ces textes ne relevaient pas d'un genre convenable !... Son bistrot vert à Douarnenez lui a probablement inspiré quelques-uns de ses "papiers", terme journalistique il est vrai. Comme Matthieu Messagier plongé dans L'Equipe, comme Georges Perros, dans Le Télégramme de Brest, ces poètes ne se prêtent que peu à cet assujetissement que constituent les gloses, les gloses de gloses et colloques en tout genre, fussent-ils conçus en leur honneur. 

    Il est onze heures, le samedi 21 janvier 2012. L'année du Dragon d'Eau débutera le lundi qui suit. Je m'arrête chez un boutiquier asiatique, cambodgien précisément, pour changer la pile de ma montre à chiffres, qui ne me quitte pas (Brel, passons). Après quoi, remontant le boulevard, je sonne chez Gérard Bourgadier, qui m'avait invité. L'homme en question a entre autres édité rien moins que deux livres de Thierry Metz, parus dans la collection L'Arpenteur, chez Gallimard : Le Journal d'un manœuvre et Lettres à la Bien-aimée.

     

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  • Journal du 12/2/22

    "Voudrais-je être une comète ? Oui. Car elles ont la rapidité des oiseaux, elles fleurissent en feu et elles sont en pureté comme des enfants." Hölderlin

    Diane me dit : "Je ne voudrais pas devenir adulte".
    Moi :"Le problème, mon petit cœur, est d'abord d'échapper à la bêtise du monde adulte, sous toutes ses formes. On le devient forcément, adulte, mais on peut éviter de laisser sa vie filer entre ses doigts, de se laisser dérouter à mesure par les mots-clés et les déterminants d'une prétendue réussite sociale. A cette heure, l'âge aidant, ce ne me semble pas vraiment difficile, quoique : sans opposer d'efforts à l'attraction générale, on perd la source même de nos passions premières, inévitablement. Car il est toujours plus facile de s'en remettre aux logiques illusoires de l'époque et de perdre de la manière ce qui fait notre richesse initiale. Je t'apprendrai jusqu'à ma fin à prendre tes distances avec la surface du monde, à cultiver la merveille de l'imprévu."

    Gaëlle : "Je ne voudrais pas que tu meures un jour."
    Moi : "Tu as des gens qui sont à peu près morts de leur vivant, j'en connais tant. Le problème n'est pas de mourir, on a tous une fin, on ne sait pas trop quand, qu'importe. Le tout, c'est de savoir, sa vie durant, épeler les bleus, les verts, les rouges, les jaunes, tout un alphabet de couleurs qui nous sont lumière, au seuil des heures et des jours et des années, ou dans le temps d'après, qui est leur suite logique. Il y a cette phrase d'André Breton que j'aime : "Sur cet écran tout ce que l'homme veut savoir est écrit en lettres phosphorescentes, en lettres de désir." La vie est un écran, et à chacun d'y trouver les couleurs qui le feront frémir, s'émouvoir, se passionner. Savoir regarder pour enfin savoir se regarder pour ce que l'on est, pas pour ce que l'on voudrait qu'on soit. La mort est juste une fausse note, elle n'a de réelle importance que pour celles et ceux qui n'ont rien cherché qu'à obéir aux préceptes sociaux, à se passer sous silence, à oublier que c'est la flamme qui donne sens au feu."

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