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Journal - Page 3

  • "In memoriam", un poème de Daniel Martinez

    Le feuillage heurtant de front
    le voile de l'eau et son visage retiré
    par une sorte d'inversion
    change de monde
    familier des confins
    de la clairière humaine
    qui empêche alors

    l'obscurité d'advenir


    Que ne puis-je retrouver
    ce qui fut son souffle
    et traverser la place
    qui l'a conduit ici où
    l'inquiétude devait être
    son ultime pierre de touche


    Ces feuilles d'automne
    un fil de vie une pluie d'or
    les anime encore
    aux dires de la sybille
    et sous l'ondée 
    tête dans les mains 
    paraissent à même un ciel griffé de roses
    les rouges fleurs de la sauge


    Si le temps ne compte plus
    quelle passerelle
    emprunter pour retrouver
    le présent éternel de l'enfance
    l'intimité brûlante
    de la terre en ses timides argiles


    Daniel Martinez

  • "Soit", un poème de Daniel Martinez

    La tête de lion des Ardennes
    où naquit Rimbaud le fils 
    d'une obscène famille
    encore un avenir gâté
    tandis qu'un dais d'oiseaux écorchés
    gagne la grande nudité nuageuse


    Tu fais silence devant sa tombe
    si blanche de nos propres inerties
    là où l'on se sait emporté par
    des dragées d'aurore
                                       soit
    cette vie qui défile cueillie à poignées

    prise à revers alors que vers
    la féérie mentale s'annonce
    l'astre qui réajustera la nappe des eaux


    Rouges les blessures que visite l'air
    tu t'étonnes de la proximité d'un visage

    sous le simple jeu des ombres
    à déchirer le fourreau des rivières
    où vient battre de lieu en lieux
    l'écho des roses de Gueldre
    dans la Tour des rumeurs
    l'azur en lambeaux
    pour convoquer les traces
    émergeant de vastes circonvolutions


    leur fuite au loin rassurante
    dans l'herbier des jours


    Daniel Martinez
    12/10/25

  • "Entre hier et demain", un poème de Daniel Martinez

    Dehors sans point d'ancrage
    quêtant la montée des signes
    tendu plus âpre qu'avant
    langue nouée nueuse
    et ma toute buée
    tu es là qui me parles m'envahis
    sous la grenaille crépusculaire
    jusqu'à perdre les mots
    qui attestent la réalité du monde
    ses formes et mouvements
    dans la tête de celui en qui se tient
    et attend l'univers entier
    mâtiné d'un ailleurs
    où la fugue où le souffle s'allient
    pour le meilleur dirait-on

    Dehors délivré
    des viscères du froid
    comme offrande consentie
    aux ailes ouvertes de l'effraie
    sur la toile griffée
    et la marque de l'air
    soudainement sensible
    gardienne des visages anciens
    livrés à la matière des brumes
    de l'automne qui sonne
    d'où s'effluvent les senteurs 
    et charbonne la parole
    au paon de l'horizon

    Dehors avec la sensation
    de s'éprouver un instant
    seul au monde emporté
    au cœur de l'épaisseur
    dont l'écho meurt en toi
    la bise tourne entre les doigts écorcés
    abandonne ses poignées de feuilles
    les arbres craquent éventent
    les rumeurs alentour
    entre fétiches d'ébène
    et verroteries de nuées tardives
    vers le plus inconnu

    Daniel Martinez