Journal du 13 juillet 2026, de Daniel Martinez (extraits)
Où descend des collines avoisinantes l'appel d'un ramier. L'air, une fantastique masse d'air, venue d'en face, rasant les replis, les recoins, soulevant les dessous, venant caresser les vignes, fluorescentes dans la lumière, leurs grappes tièdes et sucrées.
Un sanglier a troué le grillage, du côté de Saint-Igny-de-Vers, une commune de montagne dans le Haut-Beaujolais, située entre le mont Saint-Rigaud et la vallée du Sornin. Un lieudit du village a pour nom La Roche, où cultivateurs et éleveurs prédominent.
La terre, profonde soudain, qui absorbe un bleu bas délivre une nostalgie silencieuse, une ouate, une attente figée. Sur la pente, quelques maisons vides, fixées dans le paysage, posées sur des ocres jaunes ou rouges et des violines un peu lavande, un peu roncier. Qu'est-ce qui peut équilibrer une minute de vraie joie ? Quoi mettre dans l'autre plateau de la balance, question embarrassante. Car tout tient en un point, la pointe d'une flamme, quand chacun pense qu'elle est à lui et qu'il peut l'éteindre ou la rallumer à son gré. Quand seul le vrai brûle. Durablement.
Sans crier gare, un léger vent soulève comme une draperie de théâtre un vieux journal qui traîne là, témoin de son temps, comme tu voudrais l'être de toi-même. Nous voici bientôt à la mi-juillet, allez, il te faut reprendre la marche, cueillir une baie, une girolle s'il se peut, te débattre en passant ici ou là les ronces, plus loin faire une pause sous un bouquet de hêtres à l'écorce douce au toucher. Puis s'étendre en regardant se balancer leur large couronne, et jouir de l'ombre dense qui en émane. Et cette forme qui vient de s'en extraire, lévitant, donne un sens au tout, venu du monde ou issu de soi.
