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Diérèse et Les Deux-Siciles - Page 91

  • Nuages fuyants de décembre, Daniel Martinez

    Nuages fuyants de décembre


    Effleurant note à note
    Morgane et les ronds de sorcière
    les vertèbres crispées de retenir
    de part et d'autre de la vitre
    ce que le silence de chacun couvre 
    particules oiseaux transparents
    ou stylet de givre au plus secret de soi
    s'épuise la mémoire des couleurs


    Tu es là Paul sous l'aube noire
    qui ne me regarde pas
    attendant de retrouver intubé
    la respiration la première pierre du chemin
    celle qui vient et se retire
    derrière la corniche des années
    dormiraient-elles dans leurs ailes
    sans pesanteur


    De longues dames suivent les remparts de sel
    gardés par une atlante bègue
    le delta de tes yeux évente
    la commune grisaille assiégée
    d'aboiements silencieux
    aux cent bras aux mille mains
    lentement décrispés
    par le mouvement d'un nuage
    si telle vie sûrement
    s'y love


    A même la gaze de tes poumons
    d'invisibles vomissures
    avec le bourdonnement du vent
    perçu à l'intérieur de sa propre distance
    sans pouvoir autrement qu'effleurer
    l'or des syllabes quand le songe
    en son soupir semble suivre
    le dessin des lèvres


    Et vertes les eaux sur la porte de verre
    effaceront l'image qui est 
    parmi les hautes herbes réfléchies
    la seule inconnue
    elles effaceront d'un trait
    ce dont dénué tu voulus
    t'empoisonner les sangs

    Daniel Martinez

     

  • "Trois pages du livre des rencontres singulières", de Henri Michaux, revue "Messages", 23 août 1943, éditions des Trois collines, Genève

    Il s'agit là de "prosèmes" jamais repris en livre par Henri Michaux, un peu comme il en fut pour son opus "Veille", jamais été intégré à un recueil postérieur, alors que le poète réunissait justement ce qui avait été publié préalablement en plaquettes dans des recueils plus ou moins remaniés pour les confier in fine aux éditions Gallimard. A citer aussi "Nous deux encore" (éd. J. Lambert et Cie), plaquette de 32 pages que Michaux écrivit peu de temps après la mort de sa femme, en 1948, retirée de la vente dès sa sortie pour les raisons affectives que l'on devine et jamais rééditée de son vivant.
    Le mystère est que ce texte paru en août 1943 n'apparaît pas non plus dans le deuxième volume de la Pléiade consacré à Michaux. A l'époque, sans doute l'auteur estimait-il ces courtes proses comme inabouties. Elles ont été rédigées durant la Deuxième guerre mondiale, dans des circonstances peu ou prou clandestines. Henri Michaux avait alors envoyé ces pages à Jean Lescure, c'était le cinquième volume de la collection Messages, qui avaient vocation à être des "Cahiers trimestriels". En fait, le premier volume avait été publié en 1939, numéro d'hommage à William Blake ; celui qui nous occupe était le dernier à paraître de l'année 1942, intitulé "Domaine français". Le numéro 1 et portait le titre "Eléments", le deuxième, "Dramatique de l'Espoir", le troisième, "Exercice de la Pureté", le quatrième, "Exercice du Silence".

    Voici à présent ces quelques pages - inédites en livre, de Henri Michaux (p. 177-180) -, extraites d'un volume qui en comptait 446 :

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  • "La villa Mauricette" - épisode 1 -

    Cette villa, que nous louions à des Italiens en terre tunisienne ne portait pas de numéro cadastral, il suffisait au facteur de lire "Mauricette" pour savoir derechef à qui remettre le courrier qui nous venait de France, celui de la proche famille d'abord mais aussi tant d'albums et de journaux de bande dessinée qu'enfant il me fallait laisser en première lecture à mon géniteur avant que de pouvoir m'y plonger. La rue, elle, portait bien le nom du 25 juillet 1957, je ne savais à l'époque qu'il s'agissait du jour de la proclamation de la république en ces terres, de la fin de la monarchie beylicale et de 250 années de règne d'anciens gouverneurs de l'empire ottoman. Et la ville n'était autre que Sousse, une cité côtière à quelque cent quarante kilomètres de la capitale, sise à l'extrême nord du pays, où je devais plus tard entrer au lycée jusqu'en classe de première, sur la butte de Mutuelleville.

    ... C'étaient de ces années d'adolescence - de l'automne 1969 à l'été 73 - où s'affirme le caractère, où l'orientation future d'une vie se dessine. Mon premier livre fut un roman de Marc Twain, Les Aventures de Tom Sawyer, aurait-il été le premier ouvrage de littérature
    de l'histoire saisi à la machine à écrire, comme l'affirmait son auteur ? Toujours est-il que sa dimension onirique ne m'avait pas échappé, mais aussi l'anticonformisme foncier du héros, orphelin intrépide qu'il était, porté par son désir d'être le plus libre possible, se jouant des conventions comme des conséquences de ses menus larcins. Ma vie à l'inverse était plutôt réglée, sans grande originalité, tiraillée qu'elle était par deux pôles de pouvoir, paternel et maternel ; la littérature peu à peu devait me sauver de leur emprise, toujours plus pesante à mesure que je prenais de l'âge, que mes traits s'affirmaient. Les Misérables fut ma deuxième lecture d'importance, un livre que je n'ai jamais osé relire, de peur de déflorer l'impression première, cet émerveillement qui s'était emparé de ma personne alors que j'en déchiffrais les pages une à une, allongé sur mon petit lit au matelas de mousse posté contre le mur occidental de la chambre où la relative pénombre me permettait de m'isoler par la pensée, autant que faire se pouvait. J'ignorais tout ou à peu près de la vie de l'auteur, mais il m'importait peu, ses écrits témoignaient d'un esprit peu commun, alors que parallèlement je découvrais Balzac avec le plus grand ennui, ses descriptions qui n'en finissaient pas et que j'appris ainsi à lire entre les lignes... alors que la prose de Victor Hugo m'enchantait, particulièrement ladite "Tempête sous un crâne" pour sa dimension éthique : à mon sens, elle devint des années durant une pierre de touche morale incontournable...


    Daniel Martinez

    * * * 


    Contrairement aux autres notes de ce blog, il n'y a pas ici de suite immédiate à découvrir en cliquant sur le cartouche dédié. Mais je reprendrai le cours de mon histoire en épisodes successifs, entrecoupés par une anthologie de fortune qui prend corps à mesure, déclinée pour le mieux au regard du peu de temps dont je dispose pour m'y consacrer. DM