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Diérèse et Les Deux-Siciles - Page 93

  • "Diérèse" 47, hiver 2009, 260 pages, 9,50 €. Avec la nouvelliste Véronique Joyaux...

    Sur le site de la Cave littéraire de Villefontaine, l'animateur de la revue "Diérèse" que je suis s'est découvert "gérant" (vivrais-je tel un entrepreneur des subsides liées à Dame Poésie, où plutôt y serais-je de ma poche comme qui dirait porté par un médium en lequel je me reconnais, au sens fort du terme ?). Il aurait été tellement plus évident de m'appeler "responsable de publication"... Bref.
    L'approche extérieure de notre monde de poètes - résolument en dehors des "lois" du marché - m'a toujours peu ou prou amusé, mais que voulez-vous, ces confusions sont inévitables dans le méli-mélo libéral où nous vivons, où nous conservons tout de même le droit de prendre nos distances face à certaines assertions, à notre petite échelle - qui va se rapetissant.

    Ceci dit, en janvier 2009, il y a bientôt quatorze ans, j'ai choisi un événement entre mille, qui eut lieu au premier mois de cette nouvelle année : il s'agit d'une plasticienne française, Dominique Gonzalez-Foerster, première artiste française à investir la vaste salle des turbines de la Tate Modern de Londres, dans le cadre du programme Unilever. Elle y composait un roman d'anticipation, imaginant Londres en 2058 noyée sous une pluie éternelle. Les sculptures alors poussent comme des plantes. L'Araignée de Louise Bourgeois est plus monstrueuse qu'à son habitude, les enchevêtrements de métal de Calder ont doublé de taille. Quant aux formes rondes ou molles d'Henry Moore ou de Claes Oldenburg, elles semblent avoir gonflé. Un glissement vers le futur donc, qui n'est pas sans rappeler ces dérèglements climatiques que nous observons à l'œuvre, de nos jours. Pierre il y a peu me disait au téléphone que Dunkerque risque fort de ne pas être épargnée par l'inéluctable montée des eaux ces prochaines décennies...

    Trêve de digressions, voici à présent la nouvelle de Véronique Joyaux parue in Diérèse 47, pages 170 à 177 :

     

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  • Henri Michaux, Œuvres complètes, tome 2, Édition établie par : Raymond Bellour et Ysé Tran, La Pléiade, éd. Gallimard, 1418 p., 170 ill., 445 F.

    "… où l’on se trouve enfermé, une des impressions les plus odieuses que je puisse avoir et contre laquelle j’ai lutté ma vie durant (…) retrancher, réduire (…) au lieu de l’étalement de tous mes textes, qui à coup sûr me dégoûterait et à brève échéance me paralyserait" (1) :

    C’est ainsi que Michaux expliquait son refus à être publié de son vivant dans la Pléiade. Et en effet, dans ce deuxième tome des Œuvres complètes consacré aux livres de la maturité allant de 1948 à 1959, de Ailleurs, à La Vie dans les plis, Passages, Face aux verrous, Misérable miracle, L’Infini turbulent et à Paix dans les brisements, le remarquable travail de Raymond Bellour et Ysé Tran met à jour variantes et variations, déchiffre la genèse de livres issus de première publication en revue, montrant ainsi la mobilité d’une œuvre toujours susceptible d’un changement, ajoutant des "En marge" à la fin de chaque œuvre où se trouvent les textes évincés au fil des éditions ou republiant un texte interdit à la réédition comme Nous deux encore.
         

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  • "D'ores et déjà" : Daniel Martinez, éditions Les Deux-Siciles, 19/10/2021, 100 pages, 14 €, une recension d'Eric Chassefière

    L’univers poétique de Daniel Martinez ressemble à cette « prairie sous-marine traversée par les stries lumineuses des lampes frontales qui la scrutent sans en percer le mystère, où glissent de noires silhouettes, algues humaines à la dérive », une grotte de la côte tunisienne, peuplée de poissons aux « yeux phosphorescents », dont la description ouvre la partie de L’esprit voyageur (première section du recueil) consacrée à la Tunisie, pays d’enfance de l’auteur. Une écriture à la fois concrète et spirituelle, donnant à voir la luxuriance de la beauté du monde sous le feu d’un langage tout entier couleurs et parfums, mais dans une lumière que l’auteur aime à teinter d’une part de mystère et de rêve, une part qui toujours échappe, promesse peut-être de la rencontre future, d’une unité à retrouver. Monde qui est celui des souffles, de la présence fugitive, de la mémoire en perpétuel devenir ainsi que l’exprime ce poème écrit en Inde dans un hameau perdu, « abstrait du monde », dont le nom seul, « Jhujhunu », porte le voyageur « dans l’espace / qu’ouvre la voix », poème dont une strophe dit ceci : « Vaste la carte de l’être / douce l’odeur du bois fruitier / qui brûle quelque part / et métamorphose le visible / la chaleur d’un autre corps ». C’est ainsi l’esprit qui voyage autant que le corps, corps et esprit tissés d’un même désir d’infini, comme si l’être lui-même était voyage, que voyageant on faisait vivre et réchauffait son être. La présence de l’être, chez Daniel Martinez, est frémissement d’infini, reflet à peine esquissé que perdu, ainsi cette vision lors d’un séjour en Chine : « On voit depuis le pont de pierre se fondre / dans l’eau lustrale une silhouette / pareille à une goutte d’oubli noyée là // Sous une pincée de petits bruits follets / les branches nues du saule dévisagent l’infini ». Par la densité charnelle de ses mots, la description quasiment sensuelle de ces paysages investis dans l’intimité du voyage, le poète vient habiter « choses et lieux aimés », dont il nous dit qu’ils « exhaussent la moindre faille du Songe », d’une présence essentielle redonnant plénitude à la vie et au rêve qui lui est consubstantiel. Présence qui au jardin de la maison d’enfance, dans l’île de Djerba, se fait quête d’un lien à retrouver avec sa terre, un espace à réinvestir de l’arbre de sa mémoire : « Là sous le brouillard du matin / l’esprit vacille / les premiers rameaux / des doigts parcourent / le sol à énigmes / ses herbes graves / délivrent / dans le cercle d’or / l’amitié des commencements ». Écoutons le poète, car lisant les mots une voix germe en nous (un désir peut-être, ces mots, de les caresser, les sentir rouler dans la bouche), chanter l’instant dans un paysage venteux de sa Tunisie où il a séjourné pendant près de quinze années :

    « Le destin, s’il en est un, accompagne dans leur course folle les stratus, l’instant est de chair vive, le temps une blessure, figurée par le souvenir du dernier vestige.
    À la rose des vents revient le soleil intérieur des choses. À jour tendu comme une peau, la raison sauvage ».

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