Diérèse et Les Deux-Siciles - Page 80
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5 Décembre : Les nouvelles ne sont pas franchement bonnes pour la sortie annoncée en janvier de Diérèse 86. En effet, mon ordinateur (portable) sur lequel je travaille et mène à bien la maquette du futur numéro de la revue m'a lâché aujourd'hui même et je n'ai pas les moyens pour le moment de récupérer le fichier en question pour le finaliser.
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Christian Bobin nous a quittés
"Christian Bobin, qui avait notamment connu un succès de librairie avec « Le Très Bas », est mort à l’âge de 71 ans, a annoncé ce vendredi la maison d’édition Gallimard. Il est décédé « le 23 novembre, des suites d’une grave maladie », a indiqué dans un communiqué son éditeur, Antoine Gallimard. « Lisons Bobin, il nous soigne de la tristesse et du scepticisme, il nous invite à une quête de la joie avec ses mots d’emprunts d’une grande sensibilité (…) Son sourire, sa joie, son humanité vont nous manquer », a-t-il écrit. L’auteur, qui ne se souciait guère de sa réputation, publiait avec régularité des textes courts en prose. Certains ont dépassé 100 000 exemplaires, comme « Le Très-Bas », sur Saint-François d’Assise, en 1992. D’autres sont restés confidentiels. Il venait de publier un roman aux éditions Gallimard, « Le Muguet rouge », et une anthologie « d’œuvres choisies », « Les Différentes Régions du ciel ». Frédéric Beigbeder, journaliste et critique, avait lancé en 1995 : « Bobin est, de loin, l’écrivain le plus célèbre du Creusot », sa ville natale de Saône-et-Loire, à laquelle il était resté attaché. Personnalité du Creusot « Je suis né dans un berceau d’acier », confiait cet automne ce fils d’un professeur en dessin industriel, alors que Le Creusot avait abrité les usines sidérurgiques Schneider au XIXe siècle. Mais, chez lui, pas de roman de l’industrie, de réalisme social, de lutte des classes, au contraire : un art pointilliste, tourné vers la nature et le ciel. « J’ai préféré aller vers ce qui semble ignorer le passage du temps : les fleurs, l’amour dans sa première timidité, l’attente, la beauté d’un visage, le silence, la longue durée… Toutes ces choses que la vie moderne petit à petit commençait à nous enlever, à nous voler », concluait-il. « Être de poésie, solitaire généreux, Christian Bobin nous a offert pendant près de cinquante ans une exploration de thèmes que nous avons tous en partage : le deuil, la sensibilité à la nature, le passage du temps, l’intimité et, toujours, le besoin de recueillement », a salué vendredi dans un communiqué la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak. « Si sa disparition laisse un vide immense, ses livres continueront à nous offrir les plus belles et les plus profondes respirations, celles qui donnent la force de vivre », a-t-elle également déclaré."
Tous mes regrets à celle qui a partagé sa vie, Lydie Dattas et à ses proches, ses amis fidèles, Charles Juliet, Sylvie Fabre G., Jacques Réda notamment. Je vous donnerai lecture lundi 28 en soirée d'une lettre que ce grand poète m'avait adressée, depuis Saint-Firmin. En partage, Daniel Martinez
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"Quand tisonner les mots pour un peu de couleur ne sera plus ton affaire
quand le rouge du sorbier et la cambrure des filles ne te feront plus regretter ta jeunesse
quand un nouveau visage tout écorné d'absence ne fera plus trembler ce que tu croyais solide
quand le froid aura pris congé du froid
et l'oubli dit adieu à l'oubli
quand tout aura revêtu la silencieuse opacité du houx
ce jour-là
quelqu'un t'attendra au bord du chemin
pour dire que c'était bien ainsi
que tu devais terminer ton voyage
démuni
tout à fait démuni"Nicolas Bouvier, in Le dehors et le dedans (éd. Zoé, 1997)
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"Diérèse" 47, hiver 2009, 260 pages, 9,50 €. Avec la nouvelliste Véronique Joyaux...
Sur le site de la Cave littéraire de Villefontaine, l'animateur de la revue "Diérèse" que je suis s'est découvert "gérant" (vivrais-je tel un entrepreneur des subsides liées à Dame Poésie, où plutôt y serais-je de ma poche comme qui dirait porté par un médium en lequel je me reconnais, au sens fort du terme ?). Il aurait été tellement plus évident de m'appeler "responsable de publication"... Bref.
L'approche extérieure de notre monde de poètes - résolument en dehors des "lois" du marché - m'a toujours peu ou prou amusé, mais que voulez-vous, ces confusions sont inévitables dans le méli-mélo libéral où nous vivons, où nous conservons tout de même le droit de prendre nos distances face à certaines assertions, à notre petite échelle - qui va se rapetissant.
Ceci dit, en janvier 2009, il y a bientôt quatorze ans, j'ai choisi un événement entre mille, qui eut lieu au premier mois de cette nouvelle année : il s'agit d'une plasticienne française, Dominique Gonzalez-Foerster, première artiste française à investir la vaste salle des turbines de la Tate Modern de Londres, dans le cadre du programme Unilever. Elle y composait un roman d'anticipation, imaginant Londres en 2058 noyée sous une pluie éternelle. Les sculptures alors poussent comme des plantes. L'Araignée de Louise Bourgeois est plus monstrueuse qu'à son habitude, les enchevêtrements de métal de Calder ont doublé de taille. Quant aux formes rondes ou molles d'Henry Moore ou de Claes Oldenburg, elles semblent avoir gonflé. Un glissement vers le futur donc, qui n'est pas sans rappeler ces dérèglements climatiques que nous observons à l'œuvre, de nos jours. Pierre il y a peu me disait au téléphone que Dunkerque risque fort de ne pas être épargnée par l'inéluctable montée des eaux ces prochaines décennies...Trêve de digressions, voici à présent la nouvelle de Véronique Joyaux parue in Diérèse 47, pages 170 à 177 :