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Christian Bobin

  • Christian Bobin écrit à la revue "Le Préau des collines"

    Suite à la mort de Daniel Puymèges (1946-2010), auteur d'un seul livre publié par les éditions du Préau des collines : "Dans le rien des jours", Christian Bobin lui avait rendu hommage, par cette lettre envoyée au directeur de publication de la revue "Le Préau des collines", Jacques Le Scanff. Précisément dans le numéro 12 de ce périodique, paru en novembre 2011 :

    Cher Jacques Le Scanff,

    Celui qui meurt devient un ange. C'est la règle à laquelle n'échappe pas mon ami Daniel, lui qui se voulait gaiement réfractaire à toute loi. Et que dire d'un ange ? Il y avait en Daniel du renard et du feu, du plomb et du ciel. Un an après sa mort, il n'y a plus que du ciel - ou, si vous préférez, un long sourire à la pensée de celui que j'ai toujours vu attentif aux humbles, aux petits, aux non-décorés. Et ce n'est pas rien dans une époque qui commençait à être ivre morte d'elle-même - et c'est même tout.

    Christian Bobin

    PS : la revue "Le Préau des collines" compte 14 numéros à son actif (mars 2000-juin 2014). A noter aussi que ce fut la seule participation de Christian à cette revue de qualité.

  • Christian Bobin nous a quittés

    "Christian Bobin, qui avait notamment connu un succès de librairie avec « Le Très Bas », est mort à l’âge de 71 ans, a annoncé ce vendredi la maison d’édition Gallimard. Il est décédé « le 23 novembre, des suites d’une grave maladie », a indiqué dans un communiqué son éditeur, Antoine Gallimard. « Lisons Bobin, il nous soigne de la tristesse et du scepticisme, il nous invite à une quête de la joie avec ses mots d’emprunts d’une grande sensibilité (…) Son sourire, sa joie, son humanité vont nous manquer », a-t-il écrit. L’auteur, qui ne se souciait guère de sa réputation, publiait avec régularité des textes courts en prose. Certains ont dépassé 100 000 exemplaires, comme « Le Très-Bas », sur Saint-François d’Assise, en 1992. D’autres sont restés confidentiels. Il venait de publier un roman aux éditions Gallimard, « Le Muguet rouge », et une anthologie « d’œuvres choisies », « Les Différentes Régions du ciel ». Frédéric Beigbeder, journaliste et critique, avait lancé en 1995 : « Bobin est, de loin, l’écrivain le plus célèbre du Creusot », sa ville natale de Saône-et-Loire, à laquelle il était resté attaché. Personnalité du Creusot « Je suis né dans un berceau d’acier », confiait cet automne ce fils d’un professeur en dessin industriel, alors que Le Creusot avait abrité les usines sidérurgiques Schneider au XIXe siècle. Mais, chez lui, pas de roman de l’industrie, de réalisme social, de lutte des classes, au contraire : un art pointilliste, tourné vers la nature et le ciel. « J’ai préféré aller vers ce qui semble ignorer le passage du temps : les fleurs, l’amour dans sa première timidité, l’attente, la beauté d’un visage, le silence, la longue durée… Toutes ces choses que la vie moderne petit à petit commençait à nous enlever, à nous voler », concluait-il. « Être de poésie, solitaire généreux, Christian Bobin nous a offert pendant près de cinquante ans une exploration de thèmes que nous avons tous en partage : le deuil, la sensibilité à la nature, le passage du temps, l’intimité et, toujours, le besoin de recueillement », a salué vendredi dans un communiqué la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak. « Si sa disparition laisse un vide immense, ses livres continueront à nous offrir les plus belles et les plus profondes respirations, celles qui donnent la force de vivre », a-t-elle également déclaré."

    Tous mes regrets à celle qui a partagé sa vie, Lydie Dattas et à ses proches, ses amis fidèles, Charles Juliet, Sylvie Fabre G., Jacques Réda notamment. Je vous donnerai lecture lundi 28 en soirée d'une lettre que ce grand poète m'avait adressée, depuis Saint-Firmin. En partage, Daniel Martinez

    * * *

    "Quand tisonner les mots pour un peu de couleur ne sera plus ton affaire
    quand le rouge du sorbier et la cambrure des filles ne te feront plus regretter ta jeunesse
    quand un nouveau visage tout écorné d'absence ne fera plus trembler ce que tu croyais solide
    quand le froid aura pris congé du froid
    et l'oubli dit adieu à l'oubli
    quand tout aura revêtu la silencieuse opacité du houx

    ce jour-là
    quelqu'un t'attendra au bord du chemin
    pour dire que c'était bien ainsi
    que tu devais terminer ton voyage
    démuni
    tout à fait démuni"

    Nicolas Bouvier, in Le dehors et le dedans (éd. Zoé, 1997)

     

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  • "La Foudre", de Lydie Dattas, éditions Mercure de France, 128 pages, 14,50 €

    Par Christian Bobin

    Il n'y a de vérité que dans l'élan.


    Dix ans après, allégée de sa cargaison d'adjectifs, la barque d'or de "La Foudre" accoste au rivage des librairies. Montons à bord. En dix ans le monde s'est enténébré et les visions délivrées par cette écriture sont porteuses de remèdes. "Pas moi" fut la parole de la fillette de quatre ans quand sa mère actrice, décidant de commencer une carrière en Angleterre, emporta toute la famille dans la tornade de son angoisse. La grande sensibilité n'est parfois pas séparable de la grande psychiatrie. L'exil frappa au cœur ses trois enfants couverts de dons, et son mari, compositeur, titulaire du grand orgue de Notre-Dame que par amour il quittera. La petite "Pas-moi" grandit à l'intérieur de ce faux calme qui est au centre d'un cyclone. Elle y vole de merveilles en merveilles : son goût surpuissant de la vie fait d'elle l'héroïne du premier livre cartonné qui l'a éblouie, "Les Mille et Une Nuits". "La Foudre" est "Les Mille et Une Nuits" en miniature. "J'aimais tellement la vie, dit Lydie Dattas dans son "Carnet d'une allumeuse", que j'aurais pu en mourir. Percé de soleil rouge mon verre de grenadine m'était une Sainte-Chapelle." Elevée dans le froid des églises sous les stalactites des orgues, elle sera attirée par l'archétype contraire, un antidote : le Cirque d'Hiver de Paris.

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