Auteurs - Page 20
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Michel Butor s'est amusé, avec cette épreuve d'artiste, à glisser un message que vous ne pouvez pas lire car il faut soulever (délicatement) le ruban vert qui maintient les deux collages sur le fond blanc. Le voici, ce message sibyllin, ou plutôt allusif :
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"Sombre comme le temps", d'Emmanuel Moses, éditions Gallimard, 120 pages, 5 mai 2014, 14,50 €
Aux derniers jours de l'automne 2012, cette rencontre avec Emmanuel Moses dans un café face à la gare de l'Est, à Paris vous l'aviez deviné, un Bloody Mary entre les mains de votre serviteur. A brûle-pourpoint évoqués ses entretiens à France Culture, la place des femmes dans la poésie contemporaine, le vécu de la poésie... avant de nous diriger vers la librairie La Lucarne des écrivains dans le dix-neuvième où l'attendait le maître des lieux pour de fructueux échanges croisés, et, mentionnée au passage, sa participation à la revue Diérèse. Le numéro 62 devait publier de l'auteur un ensemble de poèmes regroupés sous le titre "Ivresse" (pages 90 à 105). Ainsi va.
Ci-après, le poème qui ouvre le livre Sombre comme le temps : -
Des poèmes aphoristiques (inédits) de Daniel Abel
Daniel Abel est l'un des fidèles de Diérèse, j'ai eu plaisir à l'accueillir souventes fois. Pour le présenter, c'est l'un des tout derniers surréalistes - avec Guy Cabanel que les lecteurs de la revue ne sont pas sans connaître à présent -, issu de la constellation surréaliste originelle, réservoir international de poètes, de peintres, d'architectes, photographes, médecins, cinéastes, etc
Né en 1933 à Châtel sur Moselle dans les Vosges, il se réclame du surréalisme, tout en ayant toujours su garder son indépendance d'esprit ; grand voyageur, mais aussi une passion pour la pêche - au même titre que Pierre Bergounioux (cf La Ligne, éditions Verdier, mars 1997). Il commence à publier en 1972, aux éditions Lettera Amorosa : Flammes, recueil enté de dessins de Jacques Lacomblez, et continuera sur sa belle lancée, tout en ayant participé à de nombreuses revues - comme La Tour de feu, Les Cahiers du Schibboleth, Foldaan, revue fondée en 1980 par Jacques Josse, dont vous avez pu lire quelques poèmes inédits in Diérèse opus 86 -, et... à tant d'autres périodiques.
Du vivant de sa femme Denise, il découvre l'univers de la mine où s'est épuisé son beau-père, avec sa tenue de corion : lampe frontale ou portative, le pic, le piolet, le casque, les lunettes... Et puis, plus que tout, et comme ligne directrice un goût affiché pour la liberté. Elle qui pour André Breton est "le seul mot qui m'exalte encore."
J'ai découvert ce poète avec son opuscule publié en 1994 aux éditions associatives Clapàs (collection "Tiré à part"), précisément leur premier numéro, son titre : "Ici, Ailleurs (au Rwanda et ailleurs)" :
"Sable
la pensée d'une étoile
enfin l'apaisement
l'eau vive proche des lèvres
le mil comme le miel
un peu de ciel tremblant
dans la coupelle du vent
un peu d'amour
et des mains assemblées
qui formeront toiture
pour un front en sueur."Au jour d'aujourd'hui, ce collage pour le plaisir des yeux :
Daniel Abel : "Extrinsèque", collage sur papier cartonné bleu Natural A 4