Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Diérèse et Les Deux-Siciles - Page 54

  • "Le Matou", de Colette in "La Paix chez les Bêtes", Fayard et Cie éditeurs, 1916, 256 pages

    LE MATOU 


       J’avais un nom, un nom bref et fourré, un nom d’angora précieux, je l’ai laissé sur les toits, au creux glougloutant des gouttières, sur la mousse écorchée des vieux murs : je suis le matou. 
        "Qu’ai-je à faire d’un autre nom ? Celui-là suffit à mon orgueil. Ceux pour qui je fus autrefois "Sidi", le seigneur Chat, ne m’appellent pas : ils savent que je n’obéis à personne. Ils parlent de moi et disent : "le matou". Je viens quand je veux, et les maîtres de ce logis ne sont pas les miens. 
       "Je suis si beau que je ne souris presque jamais. L’argent, le mauve un peu gris des glycines pâlies au soleil, le violet orageux de l’ardoise neuve jouent dans ma toison persane. Un crâne large et bas, des joues de lion, et quels sourcils pesants au-dessous de quels yeux roux, mornes et magnifiques ! … Un seul détail frivole dans toute cette sévère beauté : mon nez délicat, mon nez trop court d’angora, humide et bleu comme une petite prune… 
       "Je ne souris presque jamais, même quand je joue. Je condescends à briser, d’une patte royale, quelque bibelot que j’ai l’air de châtier, et si j’étends cette lourde patte sur mon fils, infant irrévérencieux, il semble que ce soit pour le rejeter au néant … Attendiez-vous de moi que je minaude sur les tapis, comme la Shâh, ma petite sultane que je délaisse ? 

    Lire la suite

  • "La Paix chez les Bêtes", Colette, Fayard et Cie éditeurs, 1916, 256 pages - en sus, une lettre inédite de la romancière

    Dans l'avertissement que portent les premières pages de "La Paix chez les Bêtes", Colette annonce :
    "A l'heure où l'homme déchire l'homme, il semble qu'une pitié singulière l'incline vers les bêtes, pour leur rouvrir un paradis terrestre que la civilisation avait fermée. La bête innocente a le droit - elle seule, - d'ignorer la guerre.

    Dès le printemps de 1914, des passereaux nichèrent, respectés, dans la gueule ébréchée d'un canon..."

    COLETTE A.jpg

    Consulté dans son édition originale, le livre est divisé en 33 courts chapitres. Entre ceux-ci j'ai choisi d'abord "Les chats-huants", qui sera suivi d'ici quelques jours du "Matou" - sachant que pour bien entendre Colette dans le second récit, il convient de se rappeler qu'en 1916, elle venait de contracter mariage avec Henry de Jouvenel et qu'elle le surnommait "Sidi", ou bien encore "le Pacha", sans oublier "la Sultane".

    Pour vous mettre en appétit en ce "dernier jour" - du moins côté chaleurs - de l'été 2023, voici le texte d'une lettre inédite de l'auteure, écrite vers 1920, où elle fait l'éloge de la fine, tout en évoquant le "gigot de sept heures" traditionnellement dédié au menu de Pâques, qu'elle mitonnera pour répondre à un présent qui eut les bonnes grâces du couple. Par parenthèse, vous n'êtes pas sans savoir que le gigot de 7 heures, accompagné de carottes, oignons et tomates se cuit la veille, pour être réchauffé le lendemain 20 minutes au four, sa chair est alors la plus tendre qui soit.
    L'en-tête est à l'adresse de Colette, au 69 boulevard Suchet, à Paris [elle y habita avec Henry de Jouvenel de 1916 à 1923, puis seule jusqu'en 1926]. Mais voici plutôt :

    "Ça, c'est de la fine! Si jamais un alcool distingué eut le droit de porter le nom de "fine", c'est celui-ci, et nul autre. "Voilà, a dit Sidi en parlant de vous, un homme avec qui on peut causer!". Je partage ce diagnostic. Peut-être que je vais en coucher délicatement une bouteille à mes côtés, demain, dans l'auto... Soyez donc béni, et nous reprendrons cette conversation dès mon retour, autour d'un "gigot de sept heures". Merci, à bientôt, croyez-moi cordialement vôtre et dites à Sylvie la grande sympathie de

    Colette de Jouvenel"

     

    Lire la suite

  • "Mon Amérique" de Philippe Labro, éditions de La Martinière, octobre 2012, 232 pages, 30 €

      Un bien beau livre à la couverture cartonnée, signé par l'auteur de "L'Etudiant étranger", avec le portrait de cinquante personnages illustres, dans le domaine littéraire, artistique, musical et politique, le tout agrémenté de photographies "qui parlent d'elles-mêmes" selon l'expression consacrée.
       J'ai choisi pour vous ce que Philippe dit du plasticien Edward Hopper, un peintre que je situe haut dans mon panthéon pictural, une empathie tout simplement résumée par l'atmosphère que délivrent ses tableaux, inimitable. Si Yves Bonnefoy voit dans "The Lighthouse at Two Lights" "Le phare à deux feux" (1929) l'un de ses chefs-d'œuvre,

    phare à deux feux.jpg

    Edward Hopper : The Lighthouse at Two Lights (1929)

    j'avoue avoir un faible pour "La maison près de la voie ferrée" (1925) et plus encore pour ses tableaux dont la thématique renvoie à la solitude foncière d'une femme, nue ou presque, dans une chambre - série annoncée par deux gravures exceptionnelles "Evening Wind" (1921) ou "East side interior"" (1922) - à savoir :
    "Girl at sewing machine" (1921), "Cape Cod morning" (1950), "Morning sun" (1952), "A woman in the sun" (1961).
       Ceci dit sans compter "Sun in a empty room" (1963), une toile la plus dépouillée qui soit, trait d'union entre le vide de la pièce, sans mobilier aucun, et le vide intérieur ; une œuvre qui semble clore ledit cycle, privé de cette figure féminine si chère à l'artiste.
       Mais arrêtons là et cédons la place à ce qu'a dit Philippe Labro du peintre Edward Hopper, voici :

    Lire la suite