Diérèse et Les Deux-Siciles - Page 58
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"D'avant la soif et d'après l'eau", poème du jour
Oublié de toi-même pour n'être plus
qu'un signe de feu entre mille dans l'immobile miroir
parc de la Brèche aux loups à contempler le tracé
d'avions dans la ciellée à les entendre prendre de l'altitudeSur le tapis des pas la terre est un sillage
me font remarquer Gaëlle et Diane
à tes côtés là tout près le soleil quête l'horizon
derrière les pavillons tandis que bondissent
entre les herbes remuées des grenouilles
de si petite taille sous le babil de la lumièreOn ne saura quoi se récuse
dans la retenue du cœur
vivre c'est l'architecture que les yeux gardent en mémoire
la robe et la crinière du peintre d'avant la soif et d'après l'eau
il fait doux les cirrus nous semblent
flocons de l'au-delà
il n'est rien à cette heure pour nous en détournerMais que dire que faire qu'inventer pour satisfaire
le désir d'éternité sans cesse contrarié
l'air violet tremble dans le silence
plus rien que l'image sans cesse répétée
de ce départ sans retour possible
à même le monde transpercé par le temps
Daniel Martinez -
"Retour à Marcel Proust", de Jacques Benoist-Méchin, éditions Pierre Amiot, 20 juin 1957, 216 pages
Extraits d’une lettre à Pierre Amiot
Monsieur,Ce "retour à Marcel Proust" a été, en même temps, un retour à moi-même. Il m’a permis de glaner une profusion d’impressions nouvelles et a fait revenir en moi une foule de souvenirs oubliés. Laissez-moi en profiter pour vous raconter comment je fis jadis la connaissance de Proust, la visite que je lui rendis en juin 1922, les circonstances dans lesquelles j’appris sa mort et comment une messagère mystérieuse, apparue deux ans plus tard, me fit espérer que mon travail ne lui avait pas déplu.
Je ne pensais pas que l’entretien que nous eûmes récemment aboutirait à l’exhumation de l’essai qui figure en tête du présent volume. Conçu quand j’avais vingt-deux ans, je ne l’avais pas relu depuis lors. Puisque vous avez estimé qu’il méritait d’être soumis au public, je vous le livre tel quel, parce qu’il ne faut jamais rien renier de sa jeunesse.
J’ai voulu y montrer la place de choix qu’occupait la musique dans l’œuvre de Marcel Proust, de la "puissance de résurrection" qu’il lui avait attribuée, et le rôle particulier dévolu par l’auteur de Swann à la "petite phrase" de Vinteuil. J’ai voulu aussi expliquer que, pour l’auteur du Temps perdu, la musique établissait une communication directe entre les âmes, parce qu’elle était plus qu’un art : un langage perdu depuis l’origine du monde, antérieur à l’invention du langage parlé et écrit...
Jacques Benoist-Méchin
Ci-après, l'un des neuf chapitres qui composent "La musique du Temps retrouvé", pages 45 à 53 :