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Pierre Dhainaut nous a quittés, le 14 avril 26 : "Ne pas laisser un souvenir, mais une source."

Bonjour à toutes et à tous,

Une bien triste nouvelle que celle dont je vous fait part en ce jour : le décès du poète Pierre Dhainaut, qui a tant œuvré pour la poésie, dans sa quatre-vingt-onzième année. Un homme bon, intègre, toujours proche des éléments (le vent, les vagues en particulier, le rythme universel), de l'enfance qu'il a maintes fois célébrée, de ces petits riens magnifiés qui ouvrent sur l'au-delà du versant ; révélateur, au sens photographique du terme, du sentiment amoureux qu'il a exalté jusqu'à ses tout derniers poèmes confiés à Diérèse en vue de leur publication in Diérèse 96, à paraître début juin.
Hospitalisé même, il s'inquiétait que j'aie bien reporté les corrections demandées sur les épreuves envoyées par la voie postale, ceci pour dire qu'il avait un constant souci de la perfection, du mot juste et, en parallèle, du refus de poétiser, ciblé comme le plus grand danger de la poésie, celle qui s'écoute au lieu de transmettre. Sa carrière en tant que professeur fut tout entière tournée vers la transmission justement, du savoir mais pas seulement : d'une sensibilité qui s'affranchirait des usages du prêt-à-penser.
Je ne saurais trop dire que son œuvre n'a pas été récompensée à la hauteur de ce qu'il méritait, j'allais dire de droit. Comment imaginer en effet qu'aucun recueil ne lui ait été consacré dans la collection de Poésie/Gallimard ? Heureusement, les éditions L'herbe qui tremble ont réparé cet outrage et ont publié certains de ses textes rares (mais pas seulement : ses poèmes des dernières années, depuis l'an 2013 avec La parole qui vient en nos paroles) et d'autant plus précieux précieux. Me concernant, les éditions Les Deux-Siciles ont publié Voix d'ensemble, un opuscule conçu avec les moyens du bord et que Pierre a reçu alors comme un présent. Dans L'Anthologie de la poésie française du XXe siècle, Jean-Baptiste Para a choisi un poème de Pierre, extrait de A travers les commencements, publié par les éditions Paroles d'aube en 1996, avec ce vers merveilleux, de mémoire : "Ne pas laisser un souvenir, mais une source." Au vrai, comment dire mieux ? Les grands poètes, il en fut, s'affranchissent du temps qui les a portés, ils continuent à vivre dans nos pensées, notre mémoire. Il me disait, entre autres mille confidences, l'admiration qu'il avait pour Rimbaud (nous étions allés nous recueillir devant sa tombe toute blanche à Charleville-Mézières), pour son poème Aube : "L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.", ou bien Enfance, me citant : "Qu'on me loue enfin ce tombeau, blanchi à la chaux avec les lignes du ciment en relief – très loin sous terre." Pierre sera enterré au cimetière de Pitgam, entre Flandre intérieure et Flandre maritime, à une dizaine de kilomètres de Bergues.
Pour finir, Pierre a commencé à participé à Diérèse dès son numéro 16 (décembre 2001), jusqu'à son numéro 96, à paraître aux derniers jours du printemps, une saison qu'il chérissait par son exubérance florale, ses forsythias et ses lilas en particulier. Au fil de 25 années, notons soixante et une participations, c'est tout dire ! Fidèle entre tous, d'une humilité qui forçait l'admiration, quel plus beau cadeau pouvait-il nous/me faire ?
Avec mes amitiés partagées, Daniel Martinez

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