Journal de Daniel Martinez, du 13 août 2026 (extraits)
Pressentir des lieux réciproques où se reconstruirait le feu de l'enfance, devant cet ici... afin de croire qu'il y aurait une sorte de magie ou de charme qui ferait que le temps serait resté fidèle au Désir premier, celui de se retrouver là où l'on ne s'y attendait plus. Te reprocherait-on même d'avoir aimé vivre en d'autres terres, parmi bien d'autres, et devrais-je à présent m'en excuser ? Quelque chose d'indescriptible entre la pente et la mémoire, qui continuerait de tourner à l'intérieur de la main, une sorte de sphère armillaire portative...
Une plante verte agite faiblement ses palmes devant la fenêtre entrebâillée, la route nationale, déserte à cette heure, traversait le village. Dans l'entre-deux on devinait, sous la gesticulation muette des rythmes, comme un satin de robe agité sur un écran profond où se lisait toute une partie de ta vie.
Depuis là, visibles aux yeux de celui qui fixement déchiffre l'extérieur, cette beauté des couleurs rousses et cendrées des bois, des arbres entre les prés et champs, si éphémère et menacée qu'on en éprouverait facilement de la peur, sans raison, parce que tout, peut-être, est déjà empli de mort, d'absurdité sans limite. Où la pensée fut repos, le nerf optique marque un arrêt et tu t'interromps pareillement ; le filet mouvant de l'astre solaire, l'espace dernier rempart, s'est dépris de lui-même, ne serait-ce la fin du voyage ?