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  • "Coudées franches", poème de Daniel Martinez

    Ce serait comme l'invention des rosées
    sous les bras grand déployés du chêne
    le vouloir libre de la langue
    tramée dans son ombre
    à moins que ce ne soit
    ivre d'aurores un lieu absent aux yeux
    charroyant un présent
    épuisé par la douce pente
    qui mène son être entier
    plus loin qu'à l'ordinaire


    Sous les flocons de l'encre
    persiste la mémoire
    et sous le voile aux mille bouches 
    Printemps s'annonce
    avec le fleurissement des forsythias
    les feuilles alentour
    d'abord immobiles se font bruits
    la corde qui vibre d'un cerf-volant
    semblable à celui de Gaëlle s'anime
    sans qu'on le voie pourtant
    mais qu'on l'imagine toucher
    aux lèvres du ciel
    pour les réanimer enfin


    Passagères elles conduisent ainsi
    le fourreau des syllabes
    elles tourmentent la couleur de l'eau
    où se baigne le hasard
    en exaltant des images enfouies
    à s'y vouloir désaltérer
    Copeaux de lumière poudroient
    autant qu'alors gorge se noue
    car c'est toujours à partir
    d'un dessein inaccompli
    que la mémoire prospère
    réouvre l'invisible
    pour se confondre à la ligne d'horizon
    réplique de nous-mêmes
    et de corps et d'images
    et de visages renouvelés


    Serions-nous donc sujets du livre
    qui projetterait la vision d'un monde
    hors de l'ordre commun
    ébloui de questions
    restées sans réponse


                                             Daniel Martinez
                                                 5/3/2026