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"Impossibilité régnante" , Hervé Piekarski, éditions Unes, janvier 1989, 144 pages

Hervé Piekarski est né en 1955 à Marseille. Ses deux premiers livres, Ouest et Évangile, paraissent en 1984 aux Editions Unes, suivi d’Impossibilité régnante en 1989 et de L'Etat d'enfance en 1992. Il publie par la suite quatre livres aux éditions Flammarion, avant d’y poursuivre le mouvement de L'Etat d'enfance (tome II en 2016, tome III en 2021), ainsi que Un Récit Que Notre Joie Empêche, Le gel à bord du Titanic & Limitrophe.
La série intitulée L'Etat d'enfance couvre trente années d’écriture, déclinée en une longue suite de blocs de prose méditative, comme autant de stations de veille où les visions nocturnes alternent avec les réflexions métaphysiques et les fulgurances de souvenirs et récits noirs. Il s’agit pour l’auteur de dresser face à la fêlure intime et la faillite collective un dispositif poétique aux ramifications infinies pour résister à la submersion du langage. Piekarski a également été le maître d’œuvre de l’édition des carnets de Roger Giroux dans les années 1980 (Journal du poèmeSoit donc celaBlank). Il a reçu le prix Théophile-Gautier de l’Académie française en 2016 pour L’État d’enfance II. Après de longues années passées à Montpellier, il est aujourd’hui retourné vivre dans sa région natale.

Extraits d'Impossibilité régnante, ces deux pages (31 & 32) illustrent l'esprit du livre :

 

 

 

 

 

71pCGhBBnBL._AC_SX679_.jpgPaysage avec de la neige, Vincent van Gogh, 1888, huile sur toile (38,2 x 46,2 cm)

 

VIEIL HOMME AVEC LA NEIGE et son chapeau à la main par la suite assis quelques mètres au-dessus du chemin sur le rocher en surplomb ou bien avec le regard qui a semblé s'être un instant perdu dans la vallée mais toi, tu en restes là et tu penses, sans trop savoir pourquoi, à l'aveugle, à la falsification du corps de l'aveugle dans et par la nuit qui le fixe en aucun point particulier de l'espace, bientôt du temps car la tempête des heures le submerge avec encore ce qu'il y a, par la fenêtre mais les pluies n'atteignent plus le sol qu'à grand peine et lui-même, le sol, se dérobe à l'action désormais de tout ce qui vient se poser d'en haut, l'action d'un corps qui pèse de tout son poids dans la neige et celle de la pluie dont on peut dire qu'elle remonte au principe de la pluie dans le ciel jusqu'au sol et parfois bien au-delà de tout ce qu'on peut voir en guise de sol mais pour aller plus loin la vision claire de ce qu'il y a n'est pas une chose convenable.

* * *

Corps pas de sol où se poser plus loin qu'ici la main pour ne rien prendre et n'être rien, saisi de ses justes, ô combien justes mains sans doigts ni bras la seule paume pour finir s'y laisser de tout son poids tomber inexplicable sans forme - mais il y a la force de parler qui revient en arrière : la préparation en toute chose de ce que je dis. Je suis cela, vous n'avez nul besoin de moi. Je suis cela.


 Hervé Piekarski

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