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  • Journal du 21 août 2026, Daniel Martinez (extraits)

    Au croisement du chemin des Acacias et du chemin Hermitte, ce lundi 17 août vers dix heures moins le quart, à quelques pas de la mer, immobile, d'un bleu patinir : deux camionnettes de pompiers garées là et, sous nos yeux à présent, allongé sur une rouge civière, un tout jeune enfant, intubé, sans signe de vie apparent. Il est, sans le vouloir, la cause du décès de son aïeule, emportée de même, au propre comme au figuré.
    Diane, à mes côtés : "C'est cela, papa dis-moi, mourir ?". Camus parle avec justesse du "message enseignant de l'apparence sensible". J'ajouterais, dans l'instant : "Que veux-tu, voilà ce que c'est de ne pas savoir nager !"... "Et puis, vois-tu, j'aimerais moi partir dans mon sommeil, le plus naturellement en somme, avec un cœur qui ne répond plus. La fin de l'aventure, on n'en parle plus." Diane me réclame un baiser. Puis nous faisons silence.


    Ai puisé, d'un auteur de l'époque Ming, cette pensée qui me retient : "Apprendre, c'est avancer à contre-courant." Ainsi braver les forces contraires, pour le meilleur il va de soi. Flash-back sur toute la difficulté éprouvée pour m'initier aux langues étrangères, m'étant même risqué à aider un traducteur tchèque aux débuts de Diérèse
    Michael Korecký avait alors bien du mal à rendre dans la langue de Rimbaud les métaphores poétiques d'un des siens, auquel s'est intéressé par ailleurs André Velter.
    Souvenir d'une carte postale envoyée par l'auteur d"Aïcha", le représentant en Inde, avec en arrière-plan le Taj Mahal. Le côté un tantinet touristique de la photo m'avait fait sourire... Mais que dire de ma petite mémoire qui m'a toujours fait craindre de désapprendre à rebrousse-poil ce qu'il m'est advenu d'apprendre – s'en lamenter ?

    En histoire, à l'épreuve orale du Bac, l'examinateur me fixe en fin d'entretien : "Ce que vous m'avez dit là tout au long tient d'un aimable journalisme." Sans me souvenir du sujet précis, sauf qu'il devait toucher à cette époque pour le moins trouble qui a précédé la Seconde Guerre mondiale et que j'avais trouvé quelqu'intérêt à vanter les qualités de "L'Espoir" d'André Malraux, afin de meubler la conversation. Un auteur qu'il ne devait pas tenir en odeur de sainteté. Ce qui n'excuse pas pour autant mon bavardage, il est vrai.


    Ramené de mon tout récent séjour varois (outre la  déception d'y avoir lu des pages d'une navrante platitude de George Sand, extraites de son Journal qu'un éditeur local a cru bon de publier. Car ces pages, inédites jusqu'alors, touchaient à un séjour qu'elle fit dans la région, afin de soigner le mal mystérieux qui la rongeait) – d'avoir découvert ai-je écrit, un arbuste, presque un arbre, nommé "Aeonium arboreum", aux feuilles disposées en rosettes et dont les tiges, des plus charnues, emmagasinent de l'eau, autrement appelé "arbre à choux", pour la ressemblance desdits, en miniature. Plutôt effrayant à regarder de près. Rien en lui de spécialement attirant, et c'est pour cela qu'il m'a plu et que je l'ai replanté ici, dans mon jardinet en Ile de France, où la chaleur n'est plus en reste
    ces temps-ci, convenons-en.


    Daniel Martinez