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  • "Chemin faisant", un poème de Daniel Martinez

    Des liserons de nuit à ceux du matin, le chemin s'ouvre et me rapproche de vous, de toute une géographie de sèves et de fibres tandis qu'autour d'elles de jeunes enfants forment et dénouent des cercles, de plus en plus larges, de moins en moins prévisibles, posent sur leurs visages de grands masques de papier, d'un bleu qu'on ne croirait pas. Du bout des doigts ils imitent les flocons de neige, la neige du souffle contre l'humus devenu blanc – cette image un peu floue dont on dit qu'en elle nous tâchons de retrouver un autre entre mille qui ne serait que nous-même – ils échangent leurs noms et feignent de s'éprendre tour à tour de l'ombre démesurée que fait la roue sur le mur qui plonge en un lieu sans mesure réelle et fixe à jamais nos enveloppes corporelles sur les nuages au fond de l'eau, pour ainsi dire perdues au sein des dieux rêveurs.
    Là, cherchant mes mots dans un lointain originel, ceux qui dans la bouche ont un goût de feu, j'ai retrouvé la voix devant cette fête diurne. Captée d'un autre temps comme si la photographiant ce n'était pas son écho visible qui m'attendait en fin de compte mais l'effet du passage à la réalité ; et que l'opération chimique, l'impression, l'exposition si courte fût-elle, découvrait entre des milliards de poussières, entre le vif et le mort, l'énigme de soi, serait-elle alors en passe d'être résolue... Si nous avons tous été séparés de la mère magistrale, tu t'avises, mon Atma, que ce que tu avais pris pour un corps astral était une larme peu à peu élargie sur l'écrin, face à la douleur de n'avoir jamais rien su éterniser.


    Daniel Martinez