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A pied le long de la route, un chemin goudronné qu'empruntent les piétons dont je suis, gravissant à mesure le plateau de la Brie française, au-dessus de la ville de Meaux, bâtie comme chacun sait dans une cuvette. Il fait si chaud, j'avance mon sac au dos, comme dans mon jeune âge, le cœur y est toujours, mais les jambes peinent à présent. Dans cette région, beaucoup de plateaux portaient des noms de fermes ou de lieux-dits (par exemple Rocmont, la Cloche, Dormans, Rutel). Je m'arrête dans une échoppe qui vend du pain congelé et des viennoiseries, achète au gérant des lieux un escargot aux raisins secs, abondamment garni de crème pâtissière où prédomine la vanille, un régal ! Assis sur un muret, à contempler un ciel où coule lentement un lait bleu, une nostalgie silencieuse, une ouate, dans une attente figée. Se mettre en accord avec ce qui devant soi se retire pour mieux le rejoindre par la pensée.
Dans le train qui m'a mené jusque-là, j'ai griffonné un poème, pour le plaisir – inachevé, mais qu'importe, voici :
Ces petits riens qui nous sont plus présents que d'être l'un de ceux étourdi d'embruns emporté au large du parfait hasard pour la première grande fois
afin de mieux recréer un autre temps celui que l'on rêve d'emprunter comme de se sentir porté par une irrépressible envie de tourner la page
de se désagréger dans le blanc des jours porteurs d'espoir sous les vents contraires la course tourbillonnaire
d'un destin dont les limites sans cesse se déplacent pour ne nous laisser que l'Infini en main.
Le point final est-il bien nécessaire ?, fidèle à l'initiale mouture, on n'y touchera pas.
Il est question de ceci : d'où viennent, où vont ces formes premières que l'on trouve retranscrites à chaque page des livres de la nature, de la pensée, de l'architecture, de l'art ? L'ailleurs et l'ici ne sont pas plus suspects l'un que l'autre, ce qui rend vaine toute singularité absolue, qui ne peut être humaine. Au final, rien n'est plus beau que ce qui ne répond à aucune demande et se développe sur son propre terreau.