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"Lenteur du bonheur", un conte de Daniel Martinez

Très pris par la finalisation de la maquette de Diérèse 97, j'ai à présent un peu plus de liberté pour revenir vers vous avec un petit conte à vous proposer, dans la foulée. 

Voici, sans relecture de ma part, ce qui me vient le plus naturellement, suite à un rêve de la nuit passée :



 

 

Dans cette combe, les enfants gardent les vaches au son des clarines. Ils jouent, s'égarent, sans oublier le présent des jours. Plus facile pour eux de s'y consacrer qu'à l'automne où les chênaies affriandent les bêtes, alors il faut courir, suivre les traces de la laine agneline accrochée aux ronces, les glissades sur la terre croulante sous les pieds cornés. Romancer la réalité n'est pas un droit, me souffle-t-elle à l'oreille, et vu de près sa mèche folle devant l'oreille poudroyer, avec ce parfum d'herbe sucrée qui tant me plaît.
En avril, les bêtes ont leur secret. Entre les arbustes 
les végétaux frémissent sous le vent et des museaux laiteux les découvrent, pourtant il ne restera de leur passage pas même une ombre, mais qu'y faire ? Empreintes d'on ne sait quoi, entre lesquelles se risquer. 
Ses cheveux qui font signe désignent les assauts du hasard, rejetés en arrière ils éveillent les ondulations d'un épi de seigle, couleur d'aube et de crépuscule. Le printemps a mis ses couverts, garance, indigo, pâles ou vifs, lames, outres, vrilles, vases, découpes des ailes membraneuses de coccinelles. Les insectes vont boire les yeux des fleurs, la couleur d'une époque sur le déclin, à fendre l'âme. Non loin de la haie, fleurit le prunellier quand le cerisier balance ses blanches couronnes. Les fibrilles sur l'écran sont chenilles en faisceaux, tesselles d'une mosaïque recomposée.
Sous cet enchevêtrement, percent le corail des limaces et toutes ces petites coiffes de mousse collées aux buissons qui déchiffrent l'extérieur. Dans le feuillage, des soubresauts ; et, sur l'herbe sèche, un fil invisible tendu entre les mots persiste. L'abîme est à deux pas, mais combien fabuleuse, la route !
A l'ombre de tes cils comme à celle des haies qui nous environnent, puiser dans l'air la fraîcheur de la sente, tout à part soi. Là, le temps n'existerait plus, ni ne salirait les âmes simples. Seules les fictions du désir qui nous font vivre, reflets d'un amour en voie d'accomplissement.

Daniel Martinez

 

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